chroniques
Un voisinage hospitalier d’un rang royal - Par Dr Anwar Cherkaoui
Une vue du Complexe Hospitalo-Universitaire International Mohammed VI
Face à face, la Fondation Mohammed VI des sciences et de la Santé et le nouvel hôpital Ibn Sina incarnent deux visions complémentaires de la médecine marocaine : l’une tournée vers l’excellence et l’innovation, l’autre fidèle à la mission publique et universitaire. Leur voisinage ouvre la voie à un modèle inédit de coopération hospitalière, capable de transformer en profondeur le parcours du patient et de renforcer la viabilité du système de santé.

Dr Anwar Cherkaoui
Expert en communication médicale et journalisme de santé
La Fondation Mohammed VI des sciences et de la Santé et le nouvel hôpital Ibn Sina se font face, presque comme deux géants hospitaliers qui viennent d’emménager dans le même quartier.
L’un est un joyau de la médecine moderne, pensé pour l’excellence.
L’autre, en pleine renaissance, symbolise l’ambition du service public marocain, reconstruit selon les standards internationaux.
Cette proximité n’est pas un hasard.

L’hôpital de La Fondation Mohammed VI des sciences et de la Santé
Elle raconte une nouvelle page du système de santé marocain, celle où deux institutions majeures, l’une semi privée d’intérêt général et l’autre publique, pourraient unir leurs forces pour offrir au citoyen un service plus fluide, plus efficace et surtout plus accessible.
La question est simple, mais essentielle : comment faire travailler ensemble ces deux colosses pour que le parcours du patient soit plus clair, plus humain, et économiquement soutenable pour l’Assurance Maladie Obligatoire, pierre angulaire du projet social royal ?
La Fondation Mohammed VI de la Santé se positionne comme un centre d’excellence.
On y parle innovations, technologies de pointe et soins hautement spécialisés.
L’hopital Ibn Sina, lui, garde sa mission de grand hôpital universitaire public, ancré dans la prise en charge des pathologies complexes de 3eme niveau, celles difficiles et celles dans l’urgence. L’HIS joue également un rôle capital dans la formation et dans l’accès équitable aux soins.
Ce ne sont pas deux mondes opposés.
Ce sont deux univers complémentaires qui peuvent, s’ils coordonnent leurs approches, dessiner une nouvelle façon de soigner.
Cette coordination commence par la clarté des rôles.
La Fondation peut concentrer ses efforts sur les interventions complexes, les spécialités de pointe et la recherche médicale.
L’hopital Ibn Sina peut se focaliser sur les missions de santé publique, sur les soins de proximité de 3eme niveau et sur l’accueil de la majorité des patients.
Ensemble, ils évitent les doublons, partagent les efforts et orientent efficacement les malades selon leurs besoins.
Le partage de ressources peut aussi devenir un atout.
Sans toucher à l’indépendance de chaque structure, certains équipements lourds, certains plateaux techniques ou certaines expertises peuvent être mis en commun. Notamment dans le domaine de recherche médicale. Levier industriel potentiel.
Un transfert de patient bien organisé, une analyse d’imagerie partagée ou une coopération en chirurgie lourde peuvent transformer deux institutions voisines en partenaires naturels.
Le parcours du patient devient alors plus simple.
Le citoyen n’a pas à deviner où aller ou à naviguer dans un système complexe.
La communication entre équipes médicales, les protocoles communs et l’orientation structurée permettent de créer un continuum de soin lisible et rassurant.
L’enjeu est aussi économique.
Une bonne coordination, c’est moins de redondances, moins d’actes coûteux inutiles et une gestion plus rationnelle des dépenses.
C’est la condition pour protéger la viabilité de l’AMO, afin que chacun puisse se soigner sans craindre une facture écrasante.
Le Maroc a donc devant lui une occasion rare : inventer un modèle de coopération hospitalière inédit, où l’excellence de l’un et la vocation publique de l’autre se répondent au lieu de se concurrencer.
Deux établissements côte à côte, mais capables d’avancer ensemble, pour porter plus haut un système de santé qui veut être à la fois performant, juste et durable.
Ce nouveau voisinage hospitalier pourrait bien devenir un laboratoire grandeur nature de ce que pourrait être la santé marocaine de demain pour le Maroc et pour l’Afrique.
Une santé où l’architecture impressionne, mais où la coordination impressionne encore davantage.