De la politique de la haine à la haine de la politique - Par Samir Belahsen

De la politique de la haine à la haine de la politique - Par Samir Belahsen

Quand les discours polarisants se propagent, il se crée un climat où l’adversaire devient une cible à insulter, à juger et à vilipender. On en oublie toute rationalité dans le dialogue.

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La montée des discours de haine dans l’espace public fragilise les fondements mêmes de la démocratie. En analysant les mécanismes sociaux, psychologiques et politiques qui transforment la colère en ressentiment puis en rejet du dialogue, Samir Belahsen interroge les dérives d’une vie publique où les mots se retournent contre la cité. De la banalisation de la violence verbale à la désaffection citoyenne, il explore les symptômes d’une crise profonde : celle qui mène de la politique de la haine à la haine de la politique.

Samir Belahsen

« Le peuple s'intéresse à la politique quand la politique s'intéresse à lui. »

Ségolène Royal

“La politique est une guerre sans effusion de sang et la guerre une politique sanglante.”

Mao Tsé-Toung

La haine menace

Quand la haine envahit le discours politique, elle menace non seulement les bases de la démocratie mais aussi tout projet du vivre ensemble.

La haine se traduit par des mots violents, une grande fragmentation et par le rejet de l’autre.

La haine n’est pas un simple sentiment, c’est une construction qui comprend des mécanismes sociaux psychologiques et politiques.

Le langage violent, exagéré et simpliste a le plus souvent pour but de remettre en cause la légitimité de l’adversaire, voire de le faire disparaître symboliquement, de l’éliminer. Ceci nourrit un climat de méfiance où le dialogue devient difficile et les propos haineux.

Quand le phénomène finit par atteindre les élites politiques, il affaiblit les institutions démocratiques et même le tissu social.

Les violences verbales annoncent toujours l’instabilité démocratique.

Comment la colère se transforme en frustration légitimes puis en haine ?

Comment protéger le débat public contre les discours toxiques ?

La banalisation de la haine

Quand les discours polarisants se propagent, il se crée un climat où l’adversaire devient une cible à insulter, à juger et à vilipender. On en oublie toute rationalité dans le dialogue.

L’amplification médiatique et celle des réseaux sociaux est basée sur l’émotion et le sensationnalisme. Le buzz renforce les extrêmes.

Cette amplification use de la simplification excessive de questions complexes ce qui facilite la mobilisation des sentiments négatifs comme la peur, la colère et parfois le mépris.

La course à l’audimat, aux vues, « aux like » ou au soutien électoral autorise aux uns et aux autres l’usage de propos provocateurs, clivants et stéréotypés instaurant ainsi une atmosphère nuisible.

Les bulles numériques venimeuses se multiplient et se renforcent mutuellement. Elles favorisent les divisions radicales et la marginalisation de l’autre.

Le langage est un outil de pouvoir.

Face à ce péril, la mission essentielle des sages, des démocrates, des intellectuels et des institutions démocratiques serait de démonter les rhétoriques destructrices, venimeuses et toxiques.

Le langage, rappelons-le, est un levier dans l’exercice du pouvoir politique. Expliquer, modeler les perceptions et orienter font partie de l’exercice politique.

Démonter ces stratégies nécessite une analyse attentive des discours pour en révéler les manipulations et mettre en lumière leur impact délétère sur le débat démocratique.

Mais, et c’est un grand mais, la lutte contre ces rhétoriques exige en premier lieu la transparence, la rectitude et l’exemplarité.

La rectitude exige la conformité non seulement à la loi mais aussi à la morale. Il ne s’agit nullement de façonner des textes ou de les tordre, il s’agit de respecter la morale commune.

La gloutonnerie, la voracité, la convoitise, l’avidité et la cupidité ne sont pas punis dans le code pénal mais sont condamnables et condamnés par tous.

 

La lutte contre les rhétoriques nihilistes exigerait une vigilance permanente dans les actes concrets et dans le choix des mots. Si les mots ne font pas une politique, ils peuvent en être les marqueurs.

La haine, ça se provoque, ça se réveille…

La dégradation des pratiques démocratiques peut conduire à la perte de légitimité des processus électoraux nourrissant des formes, prévisibles ou imprévisibles, de populisme ou d’extrémisme qui menacent la stabilité.

Sans le respect d’un minimum d’éthique, sans transparence, sans dialogue et sans respect, l’encadrement des discours haineux par la loi et la sécurité serait vain.

La haine de la politique

La désillusion, la méfiance envers les acteurs politiques et la politique de la haine finissent par renforcer le phénomène de la haine de la politique.

Dans le meilleur des cas, cette haine se manifeste dans les urnes, on aboutit à des urnes vides, et /ou à la montée des populismes et /ou des oligarques. On peut se retrouver avec des urnes vides et puis dans un populisme oligarchique.

La haine de la politique dans la littérature

Plusieurs écrivains ont exprimé leur méfiance, leur dégout, sinon leur haine pour le monde politique.

Leur haine de la politique se manifestait par l'antipolitique, le désengagement, ou l'apathie. Certains avaient une méfiance envers le système et ses acteurs. D’autres alimentaient un sentiment antisystème, une sensation d'exclusion, ou encore un désenchantement, une déception.

Certains décrivent leurs réactions aux scandales, à la corruption, ou à l'incapacité des politiques à résoudre les problèmes réels.

Mais quand un écrivain se détourne de la politique, il ne le fait pas pour abdiquer, il n’est pas dans la passivité, il choisit sa forme de résistance muette face à l’aliénation.

Camus avait écrit « La politique est l’art de l’impossible, mais elle est aussi l’art de l’inutile. » alors que Sartre avait dit que la politique était l’art de mentir.

Quant à Samuel Beckett qui avait bien connu la désillusion, il avait écrit : « La politique est une maladie, une maladie qui tue. »

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