Culture
Le périple chinois 6/6 - "Aller en Chine, Retour du futur" d’Abdelhamid Jmahri - Par Samir Belahsen
Statue d’Ibn Battûta au musée de Quanzhou en Chine- Traduction approximative du texte en chinois : « Ibn Battuta est arrivé à Quanzhou en 1345 (année 745 du calendrier lunaire), à l’âge de 20 ans. Il y est resté plusieurs semaines, observant le commerce maritime florissant et la diversité culturelle de la ville. Dans ses récits de voyage, il décrit Quanzhou comme l’un des plus grands ports du monde à l’époque, un carrefour où se côtoyaient des marchands venus d’Inde, d’Arabie et d’Afrique. »
Dans cette sixième et dernière chronique de son périple chinois, Samir Belahsen revient sur l’ouvrage d’Abdelhamid Jmahri, « Aller en Chine, Retour du futur », récit où se mêlent regard journalistique, sensibilité poétique et analyse politique. Fasciné par la puissance transformatrice de la Chine, Jmahri y esquisse une réflexion sur l’équilibre entre tradition et modernité, tout en invitant à dépasser les clichés et à questionner la transposabilité de ce modèle dans le monde arabe.

Par Samir Belahsen
« C’est difficile de revenir de Chine tel qu’on y est parti…La Chine est un lieu du monde à venir et une langue dense, issue de l’histoire. Un pays qui passe d’une histoire majestueuse à un futur incroyable…
Un seul secret : le travail, le sérieux et le dévouement envers le pays. »
« Quiconque n’est pas déprimé après (la visite de) la Chine n’aime pas sa patrie. » Abdelhamid Jmahri
Abdelhamid Jmahri, le natif de Debdou en 1961, le journaliste, l’écrivain et poète qui avait écrit "La profession de l’illusion", "Un billet aller-retour en enfer" (recueils de poèmes) et « les mémoires de Mohammed Raiss », avait écrit, en 2021, un récit de voyage où il exposait ses premières observations et impressions sur l'expérience de ce pays.
C’est pendant mon périple Chinois de 2025 que j’ai découvert l’ouvrage (en Arabe) qu’un compagnon socialiste avait choisi pour son voyage.
Dans cette sixième et dernière chronique de ce périple, je l’ai choisi pour dire que ma fascination pour ce pays est partagée mais surtout pour la nuancer.
Une expérience transformative
Le livre d’Abdelhamid Jmahri, « Aller en Chine, Retour du futur », est un récit de voyage porté par une fascination sincère pour la vitesse palpable du développement chinois, effet amplifié par le contraste avec la réalité marocaine et par une nostalgie certaine.
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Ce récit est le fruit de quatre voyages en Chine, qu’il conclue :« L'esprit chinois ne réside pas uniquement dans la préservation d'un héritage de 3.000 ans. Il s'agit également d'une population qui vit l'avenir avec intelligence et innovation ».
C’est un récit de voyage où la vision du journaliste, la sensibilité du poète et les réflexions et déceptions du politique sont omniprésentes.
Le directeur de rédaction et de publication du quotidien arabophone "Al Ittihad Al Ichtiraki" souligne l’importance croissante de la Chine dans le contexte mondial et l’impact de ses transformations.
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Il tente de comprendre cette dynamique pour mieux anticiper les évolutions futures.
Pour Jmahri, l’aspect historique et culturel de la Chine est essentiel pour comprendre ses réalisations, ses aspirations modernes et ses défis sociétaux.
Malgré la nature de l’œuvre, (récit de voyage), il s’étend sur les défis écologiques, démographiques et technologiques.
Jmahri, le poète, se fascine par la beauté des arbres, des fleurs, par les couleurs et par les lacs de Chine.
(Mao Zedong, aussi, était poète. Ses idées étaient révolutionnaires mais ses inspirations littéraires étaient classiques. « Que cent fleurs s’épanouissent, que cent écoles rivalisent. »)
Abdelhamid Jmahri, « le petit fils d’Ibn Batouta » est fasciné par cette Chine autant que son ancêtre, plus de six siècles plus tard.
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Pour Jmahri, « le politique », la leçon principale réside dans la capacité de la Chine à allier tradition et modernité, offrant une vision inspirante pour d’autres nations.
Il décèle le véritable et profond respect pour les valeurs de la famille et de l’harmonie.
Regard prospectif
Pour Jmahri, la Chine pourrait consolider ses avancées tout en équilibrant croissance et enjeux environnementaux. Ses capacités et ses programmes d'innovation la préparent à relever des défis globaux. L'harmonie entre tradition et modernité est fondamentale pour l’avenir.
Les leçons tirées de l'immersion chinoise de Jmahri incitent à un engagement dans l'innovation et la durabilité. La capacité à gérer des changements en intégrant des valeurs culturelles offre un modèle inspirant.
Ce regard fasciné et enthousiaste, accorde une place centrale au progrès matériel et à l’attachement identitaire des Chinois. C’est d’abord un témoignage inspiré par la « Rihla » d’Ibn Batouta.
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Jmahri partage ce qu’un voyageur marocain, en 2020 pouvait percevoir, ressentir et admirer en Chine au-delà des clichés. Il reste que l’expérience chinoise ne peut être réduite à une seule formule, la complexité du pays dépasse toute synthèse précipitée.
La « recette chinoise » ?
Jmahri s’interroge, implicitement, sur la transposabilité des facteurs de réussite chinois au monde arabe : le travail acharné et la fierté nationale.
A la fin de mon périple Chinois, je dois avouer que la tentation d’idéalisation est grande, après une sorte de « tourisme idéologique et littéraire ».
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La réussite Chinoise, sans la mythifier, mérite analyse.
Les singularités historiques et culturelles chinoises, comme la gestion du collectif, du religieux, le rapport à l’État, l’histoire, ne peuvent être transposés dans un autre contexte.
Le livre de Jmahri a eu le mérite de briser l’image stéréotypée de la Chine en Occident et dans le monde arabe. Il a enrichi la littérature de voyage. Il a les limites des témoignages, il montre ce que l’auteur a vu.
Les inégalités croissantes, le rétrécissement des libertés publiques devraient nuancer notre fascination.