économie
Marché du travail : chômage, emploi, sous-emploi, tensions et nouveaux repères statistiques
Au-delà de ces indicateurs globaux, la question de la qualité de l’emploi apparaît à travers le sous-emploi. Près de 671.000 personnes sont en situation de sous-emploi lié à la durée de travail, ce qui traduit une insuffisance d’heures travaillées ou une inadéquation entre les capacités des travailleurs et les emplois occupés.
La population en âge de travailler a atteint 27,8 millions de personnes au premier trimestre 2026, dont 11,6 millions composent la main-d’œuvre, selon le Haut-Commissariat au Plan. Le taux de participation s’établit à 41,8 %, tandis que le chômage strict atteint 10,8 %, avec de fortes disparités selon le genre, l’âge et les territoires. Le secteur des services concentre près de la moitié des emplois, dans un contexte marqué par une refonte méthodologique des indicateurs à travers la nouvelle Enquête sur la main-d’œuvre 2026.
Une population active encore limitée et marquée par de forts déséquilibres
Au premier trimestre 2026, la population en âge de travailler, définie comme l’ensemble des personnes âgées de 15 ans et plus, s’élève à 27,8 millions. Cette population se divise en deux groupes : la main-d’œuvre, qui regroupe les personnes en emploi et les chômeurs au sens strict, et la population hors main-d’œuvre, incluant notamment la main-d’œuvre potentielle.
La main-d’œuvre représente 11,617 millions de personnes, soit un taux de participation de 41,8 % à l’échelle nationale. Ce taux varie légèrement selon le milieu de résidence, atteignant 41 % en milieu urbain et 43,3 % en milieu rural. Derrière cette moyenne nationale, les écarts sont toutefois importants.
Le facteur le plus structurant reste le genre. Le taux de participation des hommes atteint 66,4 %, contre seulement 17,5 % pour les femmes. Ces dernières ne représentent que 21 % de la main-d’œuvre, alors qu’elles constituent plus de 70 % de la population hors main-d’œuvre. Ce déséquilibre traduit une faible intégration des femmes dans l’activité économique formelle.
L’âge constitue un autre facteur déterminant. Les taux de participation les plus élevés sont observés chez les 25-34 ans (56,7 %) et les 35-44 ans (56,5 %), alors que les jeunes de 15 à 24 ans affichent un taux nettement plus faible (23,4 %). Cette configuration met en évidence une entrée progressive sur le marché du travail, souvent différée, notamment en raison de la poursuite des études ou des difficultés d’insertion.
Un niveau d’emploi contrasté et des écarts persistants
Le volume des personnes en emploi contre rémunération atteint 10,364 millions au premier trimestre 2026. Parmi elles, 61,7 % résident en milieu urbain, confirmant la concentration des opportunités économiques dans les grandes agglomérations.
Le taux d’emploi s’établit à 37,3 % au niveau national, avec un différentiel entre milieu urbain (35,5 %) et rural (40,7 %). Là encore, les écarts de genre sont marqués : 60,1 % des hommes sont en emploi, contre 14,7 % des femmes.
L’analyse par tranche d’âge montre que le taux d’emploi culmine chez les 35-44 ans (52,8 %), suivi des 25-34 ans (47,6 %). Il diminue ensuite pour les 45 ans et plus (36,4 %) et atteint son niveau le plus faible chez les jeunes de 15 à 24 ans (16,6 %).
Au-delà de ces indicateurs globaux, la question de la qualité de l’emploi apparaît à travers le sous-emploi. Près de 671.000 personnes sont en situation de sous-emploi lié à la durée de travail, ce qui traduit une insuffisance d’heures travaillées ou une inadéquation entre les capacités des travailleurs et les emplois occupés.
Un chômage stable mais une sous-utilisation élevée de la main-d’œuvre
Le taux de chômage au sens strict s’établit à 10,8 % au premier trimestre 2026. Il atteint 13,5 % en milieu urbain, contre 6,1 % en milieu rural, ce qui reflète une pression plus forte dans les zones urbaines.
En volume, le chômage concerne 1.253.000 personnes, dont près de 80 % vivent en milieu urbain. Les femmes sont également plus touchées, avec un taux de chômage de 16,1 %, contre 9,4 % pour les hommes.
Les jeunes restent la catégorie la plus exposée, avec un taux de 29,2 % pour les 15-24 ans. Les 25-34 ans enregistrent également un taux élevé de 16,1 %, confirmant les difficultés d’insertion des primo-demandeurs d’emploi.
Au-delà du chômage strict, les nouveaux indicateurs introduits par l’EMO 2026 permettent de mieux appréhender la sous-utilisation de la main-d’œuvre. Le taux combiné du chômage et du sous-emploi atteint 16,6 %, tandis que le taux combinant chômage et main-d’œuvre potentielle s’élève à 17,1 %.
Le taux composite de sous-utilisation de la main-d’œuvre, qui agrège l’ensemble de ces dimensions, atteint 22,5 % au niveau national. Il est plus élevé en milieu urbain (24,8 %) qu’en milieu rural (18,3 %), et culmine à 31,1 % pour les femmes et 45,3 % pour les jeunes de 15 à 24 ans.
Ces données mettent en évidence une réalité plus large que le seul chômage : une part importante de la population active est soit sous-employée, soit en marge du marché du travail.
Une structuration sectorielle dominée par les services
L’analyse sectorielle montre une concentration de l’emploi dans le secteur des services, qui emploie 5.085.000 personnes, soit 49,1 % du total des emplois. Ce secteur confirme son rôle central dans l’économie nationale, en particulier en milieu urbain.
Le secteur de l’agriculture, de la sylviculture et de la pêche occupe la deuxième place, avec 2.541.000 emplois, représentant 24,5 % du total. Il reste un pilier de l’emploi, notamment en milieu rural.
L’industrie regroupe 1.409.000 personnes, soit 13,6 % des emplois, tandis que le bâtiment et les travaux publics en concentrent 1.314.000, soit 12,7 %.
Cette répartition traduit une économie marquée par une tertiarisation avancée, tout en conservant une forte dépendance à l’agriculture, particulièrement sensible aux aléas climatiques.
Des disparités territoriales marquées
L’analyse régionale met en évidence des écarts significatifs dans les niveaux de participation et de chômage. Six régions affichent des taux de participation supérieurs à la moyenne nationale de 41,8 %.
Dakhla-Oued Ed-Dahab arrive en tête avec 63,9 %, suivie de Tanger-Tétouan-Al Hoceima (46,4 %), Casablanca-Settat (45,6 %), Laâyoune-Sakia El Hamra (43,1 %), Rabat-Salé-Kénitra (42,6 %) et Marrakech-Safi (42,2 %).
À l’inverse, les régions de Drâa-Tafilalet (31,1 %), de l’Oriental (37 %) et de Guelmim-Oued Noun (37,2 %) enregistrent les taux les plus faibles.
Concernant le chômage, les niveaux les plus élevés sont observés à Laâyoune-Sakia El Hamra (20,3 %), dans l’Oriental (14,9 %), à Guelmim-Oued Noun (14,8 %) et à Fès-Meknès (14,2 %). Les régions de Casablanca-Settat (12,7 %) et Rabat-Salé-Kénitra (10,9 %) dépassent également la moyenne nationale.
À l’opposé, Dakhla-Oued Ed-Dahab (5,7 %), Marrakech-Safi (7 %) et Tanger-Tétouan-Al Hoceima (7,3 %) présentent les taux de chômage les plus faibles.
Une refonte méthodologique qui redéfinit les indicateurs
La publication de ces données s’inscrit dans le cadre de la nouvelle Enquête sur la main-d’œuvre 2026, qui introduit des changements conceptuels et méthodologiques majeurs.
Sur le plan conceptuel, l’emploi est désormais défini comme toute activité exercée contre rémunération ou en vue d’un profit, excluant les activités d’autoconsommation. Le chômage est mesuré au sens strict, en ne retenant que les personnes sans emploi, disponibles et en recherche active.
L’approche de la sous-utilisation de la main-d’œuvre a également été élargie, avec l’introduction d’indicateurs combinés permettant de mesurer de manière plus fine les tensions sur le marché du travail.
Sur le plan méthodologique, la taille de l’échantillon a été portée à 135.000 ménages par an, contre 90.000 auparavant, améliorant la précision des résultats, notamment au niveau régional. La base de sondage a été actualisée à partir du recensement de 2024, et un système de rotation des ménages a été introduit pour permettre un suivi dans le temps.
Enfin, le champ thématique de l’enquête a été enrichi pour intégrer des dimensions telles que l’emploi informel, les difficultés d’accès au marché du travail et la formation tout au long de la vie.
Ces évolutions rendent les résultats non directement comparables avec ceux de l’ancienne enquête nationale sur l’emploi, mais elles offrent une lecture plus détaillée et plus conforme aux standards internationaux.