PDTI : entre espoir territorial et réalité financière – Par Hamid Fayou

PDTI : entre espoir territorial et réalité financière – Par Hamid Fayou

Le ministre de l’Intérieur Abdelouafi Laftit - Les disparités territoriales apparaissent avec encore plus d’acuité dans ce nouveau cadre. Les régions disposant d’une base économique solide et d’un tissu productif dynamique sont mieux armées pour mobiliser des ressources, attirer des investissements et concrétiser leurs PDTI. À l’inverse, les territoires enclavés ou à faible potentiel fiscal restent dépendants des transferts publics et voient leurs ambitions limitées

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Dans un contexte de régionalisation avancée, les Programmes de Développement Territorial Intégré s’imposent comme un cadre structurant de l’action publique locale au Maroc, articulant développement économique, inclusion sociale et aménagement durable. Toutefois, estime Hamid Fayou, leur déploiement se heurte à des contraintes persistantes de financement, liées à la dépendance des collectivités territoriales aux transferts de l’État et à des disparités marquées dans la répartition des ressources, posant la question de la soutenabilité et de l’équité du modèle territorial.                                                                                                                                                                                                                                                                                                       

Hamid Fayou*

Dans un contexte marqué par l’approfondissement de la régionalisation avancée, le Maroc mise sur les Programmes de Développement Territorial Intégré (PDTI) pour refonder l’action publique locale. Ces programmes traduisent une volonté de dépasser les approches sectorielles traditionnelles au profit d’une vision intégrée du développement, articulant infrastructures, inclusion sociale, attractivité économique et durabilité environnementale. Cette orientation s’inscrit dans une conjoncture macroéconomique relativement stable, avec une croissance d’environ 3,8 % en 2024 et une inflation maîtrisée autour de 1 %, ce qui offre théoriquement des marges de manœuvre pour soutenir l’investissement public et territorial.

Cependant, la mise en œuvre des PDTI se heurte rapidement à une contrainte structurelle : celle du financement territorial. Les collectivités territoriales marocaines restent fortement dépendantes des transferts de l’État, notamment à travers la TVA, qui représente près de 40 % de leurs ressources. Cette dépendance limite leur autonomie financière et leur capacité à programmer des investissements à moyen et long terme. Malgré une augmentation récente de la part de TVA allouée aux collectivités (passant à environ 32 %), le modèle demeure centralisé, laissant peu de place à une véritable souveraineté budgétaire locale.

Les statistiques récentes montrent pourtant une amélioration relative des finances locales. Les recettes des collectivités territoriales ont progressé de plus de 26 % début 2025, traduisant un effort d’optimisation et une dynamique fiscale plus soutenue. De même, les recettes fiscales de l’État ont dépassé 338 milliards de dirhams, en hausse significative, confirmant la capacité globale du système public à mobiliser des ressources. Mais cette amélioration globale masque une réalité plus contrastée : la distribution territoriale de ces ressources reste inégale, et les collectivités les plus fragiles continuent de souffrir d’un déficit structurel de financement.

Dans ce contexte, la contrainte financière territoriale agit comme un mécanisme de sélection des projets inscrits dans les PDTI. Les territoires sont contraints de hiérarchiser leurs priorités, en privilégiant des investissements à fort rendement socio-économique. Cela implique une montée en compétence en matière d’ingénierie territoriale, d’évaluation économique et de planification stratégique. Les projets doivent désormais démontrer leur capacité à générer des effets d’entraînement, à renforcer l’attractivité territoriale et à réduire les inégalités. Autrement dit, la logique budgétaire impose une rationalisation accrue de l’action publique locale.

Par ailleurs, les disparités territoriales apparaissent avec encore plus d’acuité dans ce nouveau cadre. Les régions disposant d’une base économique solide et d’un tissu productif dynamique sont mieux armées pour mobiliser des ressources, attirer des investissements et concrétiser leurs PDTI. À l’inverse, les territoires enclavés ou à faible potentiel fiscal restent dépendants des transferts publics et voient leurs ambitions limitées. Ce déséquilibre pose un risque réel : celui d’une reproduction, voire d’un approfondissement, des inégalités territoriales, en contradiction avec les objectifs d’équité et de cohésion portés par les PDTI.

Face à cette réalité, l’enjeu devient celui de l’innovation financière territoriale. Le Maroc a déjà engagé certaines pistes, notamment à travers le renforcement du rôle du Fonds d’Équipement Communal (FEC) et le développement des partenariats public-privé. L’investissement public global, qui a atteint environ 117 milliards de dirhams en 2024, constitue un levier important, mais il doit être mieux territorialisé. Les PDTI peuvent ainsi devenir des outils de structuration de projets “bancables”, capables d’attirer des financements nationaux et internationaux, à condition d’améliorer la gouvernance, la transparence et la crédibilité institutionnelle.

En définitive, les PDTI représentent une avancée majeure dans la transformation du modèle de développement territorial au Maroc. Ils incarnent un espoir réel de réduction des disparités et de valorisation des potentialités locales. Mais cet espoir reste conditionné par une réalité incontournable : celle de la contrainte financière. Les chiffres récents montrent que si les ressources globales progressent, leur répartition et leur mobilisation au niveau local demeurent insuffisantes. L’avenir des PDTI dépendrait donc de la capacité du Maroc à réconcilier ambition stratégique et soutenabilité financière, en faisant du financement territorial non pas un obstacle, mais un levier de transformation durable.

* Hamid Fayou est docteur en   économie et membre adhérent du Centre africain pour la recherche et les études stratégique

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