Algérie-Maroc : une haine sous perfusion médiatique - Par Talaa Saoud Al Atlassi

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Après avoir tempêté et grondé, le président Tebboune a retrouvé le nord et a ouvert la voie à un apaisement de la colère algérienne envers la France, en adoucissant ses propos lors d’un entretien médiatique

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Depuis un demi-siècle, le régime algérien alimente méthodiquement une hostilité tenace envers le Maroc, utilisant la question du Sahara comme levier politique interne et instrument de diversion. L’expulsion récente d’un diplomate marocain, assortie d’un discours médiatique enflammé, illustre une stratégie bien rodée : maintenir l’opinion publique sous tension, détourner l’attention des urgences sociales et retarder toute perspective de normalisation régionale. Pendant ce temps, la communauté internationale de plus en plus lasse, analyse Talaa Saoud Al Atlassi, converge autour de la solution marocaine d’autonomie, soulignant l’isolement croissant d’Alger sur la scène diplomatique.

Un demi-siècle entier s’est écoulé depuis l’éclatement du conflit autour du Sahara marocain, sachant que ce n’est là qu’une simple formulation diplomatique, qui ne rend vraiment pas compte de ce qui s’y est déroulé et continue de se passer du fait de l’hostilité de l’État algérien envers le Maroc. Une hostilité qui s’est dotée d’un outil séparatiste dès 1975.

Exaspération à l’international

Un demi-siècle après voilà que la communauté internationale exprime enfin son exaspération face à la durée du conflit et à son inutilité. Cela se manifeste à travers l’inclination des puissances internationales influentes pour une solution réaliste du conflit, qu’elles perçoivent dans la proposition marocaine d’autonomie. Certaines de ces puissances sont allées encore plus loin en affirmant leur conviction que le Sahara est marocain, ce qui constitue le cœur du litige avec l’Algérie. Une position qui reflète leur volonté de renforcer la pression diplomatique pour parvenir à une solution à un conflit désormais reconnu comme artificiel. C’est le cas des États-Unis, de la France, de l’Espagne, de certains pays arabes ayant une présence internationale, et de pays africains situés dans l’aire géographique du conflit.

En Algérie, certains ont du mal à digérer les données de cette réalité, qui ébranle un "rêve" entretenu depuis plus d’un demi-siècle : celui de briser, après avoir vaincu, le Maroc, considéré comme "l’ennemi numéro un". Les "colères" émotionnelles qui envahissent la politique étrangère algérienne en disent long sur cette attitude. 

Ce fut particulièrement le cas avec l’Espagne, que l’Algérie a menacée et à laquelle elle a promis des représailles après que Madrid a reconnu la marocanité du Sahara, pour finalement revenir unilatéralement à de meilleurs rapports avec l’Espagne, et renvoyer son ambassadeur à Madrid en ignorant ses propres conditions proclamées.

Ce fut également le cas avec la France provoquant une crise sans précédent avec Paris à cause de la reconnaissance par la France de la marocanité du Sahara, suivie de la visite du président Emmanuel Macron à Rabat.

Abdelmadjid Tebboune retrouve le nord mais…

Après avoir tempêté et grondé, le président Tebboune a retrouvé le nord et a ouvert la voie à un apaisement de la colère algérienne envers la France, en adoucissant ses propos lors d’un entretien médiatique à propos du président Macron…

Cet appel du pied a rendu possible un appel téléphonique entre M. Macron et M. Tebboune, lundi dernier. Cet appel a porté, selon le communiqué de la présidence algérienne, sur "l’état des relations bilatérales et les tensions accumulées ces derniers mois".  

Dans ce même appel, selon le communiqué, "les deux présidents ont renouvelé leur souhait de reprendre le dialogue constructif qu’ils avaient amorcé en 2022", ce qui ressemble à la mise entre parenthèses de la crise actuelle. L’Algérie accueillera prochainement les ministres français de la Justice et des Affaires étrangères, pour clore définitivement cette crise. Le communiqué n’a pas évoqué les raisons de la colère algérienne, ni explicitement ni implicitement, sauf une phrase vague et de principe, sans lien direct avec un dossier précis, affirmant "l’engagement des deux pays envers la légalité internationale et les principes des Nations unies".

Le président Macron a de nouveau demandé au président Tebboune la grâce pour l’écrivain Boualem Sansal, et il est probable que cela ait lieu prochainement, comme cela était pressenti ces derniers jours.

L’ambassadeur algérien retournera à Paris de la même manière que lors de la crise avec l’Espagne, sans même une allusion aux conditions posées lors de son rappel. Les médias algériens devront alors ravaler leurs campagnes contre "la France coloniale, source de tous les maux en Algérie." 

Une trêve semble poindre à l’horizon, souhaitons qu’elle dure et ne soit pas troublée par une nouvelle réaction impulsive de l’Algérie.

ne perd pas l’Ouest

Pas avec l’ouest. Avec le Maroc, une partie de la direction algérienne n’est pas prête, ni politiquement ni psychologiquement, à une trêve. Elle a besoin du Maroc comme "ennemi principal de l’Algérie et le danger qui la menace" pour les nécessités de gestion de la politique intérieure, où l’armée joue un rôle central, aussi bien que pour attiser les tensions à l’extérieur… en supposant que cela éloigne ou ralentisse l’imposition d’une solution au conflit du Sahara marocain favorable à la position marocaine.

Cette supposition a été exprimée par Ibrahim Boughali, président de l’Assemblée populaire nationale, lorsqu’il a reçu l’ambassadeur d’Espagne, mercredi 26 mars dernier. Il lui a exprimé, entre autres propos, ou peut-être avant tout, "ses regrets quant au changement soudain de la position espagnole sur la question du Sahara occidental", l’invitant à revenir à sa position "historique neutre" sur cette affaire. Un baroud d’honneur, pas plus. Car l’Espagne continue, elle, de développer l’ensemble de ses relations avec le Maroc.  Son ministre des Affaires étrangères, M. Albares, a déclaré le mardi 25 mars à Madrid, devant le Sénat espagnol, que "le Maroc et l’Espagne ont établi, ces trois dernières années, le meilleur climat de coopération jamais connu dans l’histoire de leurs relations bilatérales." Le ministre a attribué cela à l’effet de la déclaration conjointe hispano-marocaine, suite à la visite du président du gouvernement espagnol, M. Pedro Sánchez, au roi Mohammed VI en avril 2022… Déclaration qui s’est bien sûr fondée sur la reconnaissance par l’Espagne de la marocanité du Sahara.

Tant qu’il y aura des généraux

L’insistance algérienne à impliquer le Maroc dans la gestion de ses politiques intérieures est dictée par l’influence militaire sur la direction de l’État. L’armée, quand elle devient tentaculaire, a toujours besoin d’un ennemi pour justifier et motiver ses budgets et la mobilisation-occupation de ses troupes. Cela est en accord avec la "culture" officielle de l’État algérien, façonnée par le Front de libération nationale (FLN), qui a utilisé sa lutte contre le colonialisme pour légitimer son pouvoir en prétendant être le dépositaire "exclusif de la mémoire des martyrs".

Comme si un demi-siècle d’hostilité ne suffisait pas, ni ne poussait à changer de cap.

Le dernier ballon d’essai lancé par l’État algérien pour afficher son hostilité envers le Maroc sur la scène diplomatique et médiatique a été de convoquer au ministère algérien des Affaires étrangères et de le déclarer "persona non grata" un diplomate marocain en poste en Algérie, lui donnant 48 heures pour quitter le pays. 

Le ministère s’est appuyé sur l’article 23 de la Convention de Vienne, qui autorise l’expulsion d’un fonctionnaire consulaire sans avoir à en révéler les motifs. Ces motifs ont néanmoins été mentionnés dans le communiqué du ministère, précisant que le diplomate en question avait été "impliqué dans des comportements suspects".

Une opinion publique sous perfusion de haine

Cependant, le journal "El Watan", bien vu dans les cercles décisionnels algériens, s’est longuement attardé à expliquer les raisons de l’expulsion, en se basant sur le communiqué du ministère algérien des Affaires étrangères usant d’une ritournelle lassante accusant le Maroc de pratiques hostiles envers l’Algérie, dans l’objectif clair d’alimenter principalement l’opinion publique algérienne de doses stimulantes de haine envers le Maroc, et de renforcer sa confiance dans le rôle de l’État, présenté comme protecteur face au "danger marocain".

Cette décision d’expulsion a été attribuée par le ministère algérien des Affaires étrangères, selon "El Watan", à "une série de comportements hostiles en provenance de Rabat, qui persiste à nourrir son conflit avec l’Algérie."

Sans surprise, l’ensemble des médias algériens s’est aligné sur la version du communiqué du ministère, en imputant au Maroc la responsabilité des décisions de rupture prises par les autorités algériennes : fermeture des frontières terrestres, maritimes et aériennes avec le Maroc, imposition du visa aux porteurs de passeports marocains, et accusation de Rabat d’avoir infiltré des agents des services de renseignement en Algérie. Ne manquait plus à ce communiqué qu’une déclaration de guerre au Maroc.

De l’expulsion d’un diplomate avec des justifications floues à ce communiqué incendiaire, il n’y a pas de proportion ni de logique, ce qui ne peut s’expliquer que par le refus des dirigeants algériens de désamorcer leur tension avec le Maroc. Ils recourent ainsi à l’exagération pour une consommation interne, et cherchent à effrayer la communauté internationale en brandissant la menace d’une éventuelle escalade militaire…

Or, la population algérienne a d’autres préoccupations — vitales, sociales et économiques — qui l’éloignent de tout alignement avec ses dirigeants dans une "marche militaire" vers des gloires de lutte révolutionnaire. Une lutte à laquelle le Maroc, "l’ennemi supposé", a aussi contribué, et dont il valorise le souvenir dans le cadre du combat commun maroco-algérien pour l’indépendance.  

Quant à la communauté internationale, elle est bien consciente des raisons qui empêchent l’Algérie de recourir à l’escalade militaire : des contraintes structurelles liées à sa faible capacité opérationnelle, et à la position privilégiée du Maroc dans les dynamiques géopolitiques actuelles, auprès de toutes les grandes puissances engagées dans les équilibres internationaux…

Un demi-siècle d’un différend algérien sur un droit national marocain a mené à un échec diplomatique continu et freine la dynamique de développement pourtant nécessaire et légitime pour l’Algérie… Ce seul constat devrait inciter ceux qui, en Algérie, se soucient vraiment de l’intérêt du pays à saisir la montée du consensus international autour d’une solution à ce conflit, afin de mettre fin à un "absurdité" qui a trop duré et nuit au pays…

D’autant plus que la solution proposée — qui bénéficie d’un large et fort soutien international — est celle de l’autonomie, dont l’un des objectifs est précisément de clore le conflit sans vainqueur ni vaincu…

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