La nouvelle alliance impériale : fondements idéologiques et visions de la démocratie et du monde – Mohammed Nourredine Affaya

La nouvelle alliance impériale : fondements idéologiques et visions de la démocratie et du monde – Mohammed Nourredine Affaya

Une chemise à l'effigie du président russe Vladimir Poutine et du président américain Donald Trump est exposée à la vente dans une boutique de souvenirs de la rue touristique Arbat, dans le centre-ville de Moscou, le 21 octobre 2025. (Photo AFP)

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Dans cette analyse dense et critique, le philosophe et académicien Mohamed Nourredine Affaya explore l’émergence d’une nouvelle alliance impériale fondée sur des convergences idéologiques inédites entre certaines élites américaines et russes. À travers l’examen de la stratégie de sécurité nationale des États-Unis, des écrits d’Alexandre Douguine et des courants dits des « Lumières sombres », le texte met en lumière une remise en cause profonde des fondements de la démocratie libérale, de l’universalité des droits de l’homme et de l’ordre international issu de l’après-guerre, tout en interrogeant la viabilité réelle de ces projets face aux résistances géopolitiques, institutionnelles et sociales contemporaines.

Noureddine Affaya

Le document de sécurité nationale américaine publié le 5 décembre 2025 a révélé une nouvelle « feuille de route » pour le repositionnement stratégique des États-Unis. Il résume ses orientations militaires, économiques, diplomatiques et culturelles, conçues pour être mises en œuvre à l’échelle mondiale afin de créer ce que Washington appelle un « nouvel âge d’or » pour l’Amérique. Le document affirme, avant toute chose, la volonté d’assurer « la survie des États-Unis et la protection de leur sécurité en tant que république indépendante et souveraine, dans laquelle le gouvernement garantit les droits naturels accordés par Dieu à ses citoyens et donne la priorité à leur bien-être et à leurs intérêts… tout en veillant à renforcer l’intégrité culturelle de la société ».

Ce texte met en évidence une nouvelle orientation stratégique des États-Unis dans le monde, ainsi qu’une préparation concrète à l’imposer dans les relations internationales. Cette oreintation repose sur une classification précise des alliés, des adversaires et des sources de menace, et implique un niveau élevé de préparation militaire et économique, ainsi qu’une mobilisation diplomatique destinée à concrétiser les ruptures, les transformations, les alliances et les politiques préconisées par cette « feuille de route », en cohérence avec les orientations idéologiques qui guident les décideurs de la Maison-Blanche.

Si le document appelle à un redéploiement des positions stratégiques mondiales à partir du principe selon lequel « la paix se fait par la force », tout en revendiquant une « realpolitik flexible », il exige également de limiter « les ingérences des organisations transnationales qui sapent la souveraineté des États », au motif que « l’unité politique fondamentale du monde est l’État-nation, et qu’il doit le rester ». Dans cette logique, le texte insiste sur l’exclusion des grandes références sur lesquelles s’est construit l’Occident européen moderne, au premier rang desquelles figurent certaines valeurs liées aux « droits de l’homme ». Il appelle à « aider nos alliés, à préserver la liberté et la sécurité de l’Europe », mais aussi à « restaurer la confiance de la civilisation européenne et de l’identité occidentale en elles-mêmes », en «suscitant une résistance à la trajectoire actuelle de l’Europe » et en encourageant les forces de droite qui convergent avec les nouvelles orientations idéologiques et politiques américaines.

Ce qui retient l’attention, avant même la publication de ce document, se manifeste dans ce qui ressemble un rapprochement idéologique entre les théoriciens des « Lumières sombres » et les figures du néo-conservatisme aux États-Unis, d’une part, et les écrits de celui qui est souvent présenté comme le « cerveau » de Vladimir Poutine, Alexandre Douguine, d’autre part, même si certains contestent cette qualification. En avril 2025, ce dernier a publié un ouvrage intitulé « La révolution Trump, le nouvel ordre des grandes puissances », dans lequel il affirme l’existence des fondements communs entre la Russie de Poutine et l’Amérique de Trump. Dans ce contexte, la déclaration de Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, le 8 décembre, n’a pas surpris lorsqu’il a salué la nouvelle stratégie de sécurité nationale américaine comme étant « largement conforme » à la vision de Moscou.

Cette convergence n’est pas nouvelle, dans la mesure où les relations entre les deux pays avaient déjà connu, lors du premier mandat de Trump, une période de rapprochement et de coopération qui avait poussé les démocrates à les dénoncer. Ces derniers estimaient en effet que Vladimir Poutine s’était ingéré dans les élections présidentielles américaines en faveur de la campagne de Trump et avait contribué à sa victoire. C’est pourquoi certains considèrent que l’invasion de l’Ukraine par la Russie repose sur des causes profondes, qui ne commencent ni avec la guerre dans la région du Donbass, russophone sur les plans linguistique et culturel, en cours depuis 2014, ni avec les exactions subies par sa population perpetrées par des milices soutenues par les États-Unis, ni avec l’annexion de la Crimée par la Russie. Elle ne s’expliquerait pas non plus uniquement par l’hostilité du président Joe Biden, qui a insisté sur la poursuite de l’élargissement de l’OTAN et affiché sa volonté d’y intégrer l’Ukraine, tout en ignorant totalement les préoccupations sécuritaires de la Russie. Il s’agit plutôt d’un ensemble de facteurs conjugués qui ont conduit Moscou à lancer l’invasion de l’Ukraine en février 2022.

Les observateurs relèvent que la Russie n’a cessé, depuis l’effondrement de l’Union soviétique, d’alerter les membres de l’Alliance atlantique sur la nécessité de limiter les politiques d’élargissement aux pays voisins de son territoire et de ne pas menacer sa sécurité nationale. En raison de l’affrontement militaire en cours, dont nul ne peut prédire l’issue, Donald Trump n’a cessé, durant sa campagne électorale, de promettre qu’il mettrait fin à la guerre dans les plus brefs délais dès son retour au pouvoir. Il a affirmé à plusieurs reprises que, s’il avait été aux commandes, cette confrontation militaire avec la Russie n’aurait jamais eu lieu. Une position que vient confirmer à nouveau le document intitulé « Stratégie de sécurité nationale des États-Unis ».

Un rapprochement idéologique entre la Russie et la nouvelle Amérique

Si Alexandre Douguine croit à l’existence d’un rapprochement idéologique entre la nouvelle droite américaine et l’idéologie eurasiste aux ambitions impériales, l’Américain Steve Bannon, figure de proue de l’extrême droite mondiale, estime pour sa part qu’il existe une alliance «judéo-chrétienne » liant les États-Unis et la Russie. Même si l’Europe appartient à cet ensemble civilisationnel et idéologique général, les deux hommes considèrent qu’elle doit se soumettre à la volonté conjointe des puissances américaine et russe, car elle a clairement perdu sa position stratégique, malgré l’« union » de ses États, laquelle devrait, selon eux, être progressivement affaiblie, voire démantelée.

La publication du document intitulé « Stratégie de sécurité nationale », le vendredi 5 décembre 2025, constitue ainsi une annonce historique de l’ambition de la nouvelle administration américaine d’opérer une « rupture historique » avec l’ordre international issu de l’après-Seconde Guerre mondiale, et d’intégrer l’Europe au nouvel alignement international que Donald Trump et ses idéologues appellent de leurs vœux aux côtés de la Russie.

Douguine rejette l’ensemble des prétentions théoriques et politiques de l’Europe et récuse, voire méprise, l’idée même de l’« universalité » du modèle occidental. Il exprime une opposition manifeste aux politiques de « modernisation forcée » imposées de l’extérieur, qu’il ne perçoit que comme des formes d’asservissement, de colonialisme et d’effacement des autres cultures. À ses yeux, l’attachement au patrimoine ancien de la Russie et aux religions traditionnelles constitue le meilleur rempart contre l’expansion occidentale qu’il juge aliénante. Il a ainsi combiné dans sa pensée un nationalisme russe, que certains qualifient de porteur de relents fascisants, et une ambition impériale incarnée par le projet d’une « nouvelle Eurasie » s’étendant, à l’ouest, jusqu’aux frontières du Portugal sur le plan continental et, à l’est, de Moscou à Pékin en passant par Téhéran.

C’est dans cette logique que Douguine a constamment appelé à l’annexion de la Crimée, laquelle est devenue réalité en 2014, et qu’il n’a jamais cessé de s’opposer à l’indépendance de l’Ukraine, plaidant avec insistance pour son rattachement à la Russie. Selon lui, cette indépendance a constitué, et constitue toujours, une menace directe pour le projet eurasien. Il a également mis l’accent sur la nécessité d’un contrôle total de la mer Noire, considérée comme un espace maritime vital pour la réalisation de cette ambition géostratégique.

Douguine ne cache nullement son appartenance idéologique. Il revendique ouvertement son allégeance à l’autorité spirituelle du patriarcat de Moscou, à l’instar de Vladimir Poutine. Il est animé par un rêve impérial qu’il ne dissimule pas et appelle à encercler, voire à étouffer, la pensée de la modernité. Il n’hésite pas à déclarer la guerre aux prétentions dites «civilisationnelles » de celle-ci. Dans son ouvrage « La quatrième théorie politique. La Russie et les idées politiques au XXIᵉ siècle » (traduit en français en 2012), Douguine met en lumière les manifestations de la fracture civilisationnelle et idéologique entre la Russie et l’Occident. Il y analyse l’échec historique du communisme et du fascisme, tandis que le libéralisme, pourtant porteur de discours sur la rationalité, la démocratie et le progrès aurait, selon lui, exposé l’être humain aux formes les plus brutales d’asservissement, d’exploitation et d’aliénation. Le libéralisme ne saurait donc incarner la « fin de l’Histoire », contrairement à ce qu’avait avancé Francis Fukuyama, dont les projections se seraient révélées illusoires, pas plus qu’il ne traduirait un effacement des grands récits. Dès lors, il conviendrait de le combattre par tous les moyens disponibles, ou à inventer, afin de bâtir un État-nation fort, fondé sur ce qu’il appelle un « conservatisme actif », destiné à régler ses comptes avec l’ensemble des prétentions libérales et avec une modernité qui, à ses yeux, produit davantage de malheur pour l’homme qu’elle ne lui offre les conditions de son épanouissement. Ce « conservatisme actif » constitue le socle de la quatrième théorie politique que promeut Douguine.

Remise en cause des fondements de la modernité européenne

Douguine a développé sa critique de la modernité et sa conception de l’État conservateur dans son ouvrage « Pour une révolution conservatrice » (traduit en français en 2023). Ce livre rassemble une série de textes rédigés entre 1991 et 1993, abordant des thématiques variées, allant des questions sociales aux effets de la modernité sur la société russe, en passant par des problématiques à forte dimension métaphysique, religieuse et idéologique. L’ensemble est toutefois structuré autour d’une vision ouverte sur la possibilité de forger un horizon politique nouveau pour un conservatisme renouvelé, tourné vers l’avenir. Une fois encore, Douguine y exprime sans détour son rejet des valeurs de la modernité, du libéralisme et des droits de l’homme, ainsi qu’une hostilité marquée envers les Juifs, qu’il accuse d’avoir contribué à l’effondrement de l’Union soviétique. Dans cette perspective, les écrits du philosophe et poète italien Julius Evola et du penseur français René Guénon ont constitué pour lui des sources d’inspiration, notamment en ce qui concerne leur positionnement vis-à-vis du sionisme, s’inscrivant dans une tradition d’antisémitisme profondément ancrée, que nombre d’intellectuels russes n’ont cessé d’exprimer.

Dans l’ouvrage qu’il consacre à la pensée de Heidegger, intitulé « Martin Heidegger. Une philosophie pour un nouveau commencement » (traduit en français en 2014), Douguine part du postulat selon lequel la philosophie heideggérienne offre un substrat conceptuel à la déconstruction de l’héritage rationaliste européen et à la contestation des prétentions universalistes de la modernité politique occidentale. Il lui oppose un projet idéologique valorisant l’importance primordiale des traditions anciennes et de l’identité originelle, telles qu’elles s’expriment, selon lui, dans le concept heideggérien de « communauté ». Douguine s’inspire ici de la critique formulée par Heidegger à l’encontre de la tradition philosophique occidentale accusée, depuis la Grèce antique, de s’être focalisée sur l’« étant » (Sein), au détriment de toute ouverture au sens, et d’avoir oublié la question de l’être-au-monde (Dasein), fondée sur la compréhension et l’attention portée aux transformations du temps. Face à cet oubli, Heidegger proposait, on le sait, de repenser l’histoire de la philosophie en revenant aux origines de la pensée grecque, en particulier aux philosophes présocratiques, afin de réinscrire leur pensée dans un rapport plus authentique et plus intense à l’être.

S’appuyant sur la lecture que Heidegger a proposée de la philosophie occidentale, ainsi que sur d’autres références théoriques parmi lesquelles figurent les écrits de Carl Schmitt, Douguine a rangé le libéralisme, le fascisme et le marxisme parmi les théories de la modernité qu’il convient de déconstruire, au motif qu’elles méprisent les valeurs spirituelles des peuples, encouragent l’oubli de soi et la négation de l’existence de Dieu, et produisent des systèmes fondés sur l’asservissement, l’aliénation et la perte de sens. Douguine appelle ainsi à une relecture des concepts d’empire, d’État, de géopolitique, de religion, de mort, de technique et de raison, afin de les intègrer de manière interactive dans un projet de refondation intellectuelle visant à bâtir un État fort, valorisant la communauté et respectueux des valeurs de la tradition, de la religion et de la culture slave, dans la perspective d’un vaste projet politique « eurasien ».

Rejet de la démocratie et de l’égalité

La pensée d’Alexandre Douguine rejoint, sur le plan politique, celle de plusieurs penseurs des « Lumières sombres » et d’activistes de l’extrême droite américaine, notamment en ce qui concerne la démocratie, la participation politique, l’égalité et les fonctions de l’État. Certains de ces penseurs sont issus du champ philosophique, même s’ils se situent eux-mêmes à sa marge, tandis que d’autres ont été influencés par la littérature de science-fiction et par des œuvres cinématographiques, au premier rang desquelles le film « Matrix » (1999), réalisé par Lana et Lilly Wachowski. Ce film met en scène un avenir dystopique aux contours amers, dans lequel les individus perçoivent la réalité comme une simulation virtuelle liée à une « matrice » créée par des machines dotées d’une intelligence supérieure, conçues pour asservir l’humanité et la priver de toutes ses capacités. Même si la fin du film affirme la nécessité de prendre conscience que « tout est possible ».

Chez les théoriciens des « Lumières sombres » à leur tête Nick Land, comme chez Douguine, il s’agit d’un rejet de principe du système démocratique, des valeurs des droits de l’homme et, en particulier, du principe d’égalité. Ils appellent à la construction d’un État-entreprise gouverné par des algorithmes afin d’ériger une « nouvelle Rome », dans le cas des penseurs américains, ou, dans la vision de Douguine, à l’instauration d’un État impérial de « nouvelle Eurasie », dirigé par un homme fort entouré d’une élite soigneusement sélectionnée, chargée de préserver ce qui subsiste des valeurs traditionnelles et de l’héritage religieux et culturel des peuples. Dans ce processus de construction idéologique, distinct par ses sources et ses orientations politiques mais convergent quant à ses finalités et ses alliances, se dessine un assemblage intellectuel qui, dans les deux cas, s’appuie sur des références hétérogènes, allant des tendances ésotériques chez Douguine à la science-fiction chez les partisans des « Lumières sombres », tout en puisant dans des corpus métaphysiques, philosophiques, ainsi que dans des théories politiques et des textes géostratégiques disparates.

Ce qui les rassemble de manière manifeste réside dans leur engagement explicite en faveur des courants d’extrême droite et de leurs programmes. Ils ne se limitent pas à la spéculation théorique, mais participent activement aux débats, exploitent de puissantes plateformes numériques pour diffuser leurs idées et s’investissent dans des rassemblements et des manifestations visant à justifier les politiques des États gouvernés par l’extrême droite, y compris la droite raciste et fascisante au pouvoir en Israël et les crimes et massacres qu’elle commet. Ils se montrent également fervents promoteurs de l’accession des différentes formations d’extrême droite aux leviers de décision et de pouvoir, comme en témoignent leurs connivences avec elles en Europe, en Amérique latine et en Inde.

Cependant, les aspirations utopiques tant d’Alexandre Douguine que des partisans des «Lumières sombres » aux États-Unis apparaissent difficiles à concrétiser, du moins dans le contexte international actuel. La Russie n’est pas parvenue à prendre le contrôle total de l’Ukraine malgré sa supériorité militaire, en raison des résistances rencontrées, liées notamment à l’engagement des capacités de l’OTAN dans les combats ainsi qu’au soutien financier et militaire européen apporté à Kiev, par crainte des ambitions impériales de Moscou.

De leur côté, les idéologues des politiques de Trump et ses conseillers se heurtent à de multiples résistances face aux décisions présidentielles, en raison des contre-pouvoirs institutionnels, juridiques et politiques dont disposent les États-Unis. Ces mécanismes limitent les élans du président lorsqu’il cherche à soumettre ou à neutraliser des forces qu’il a ouvertement désignées comme cibles, telles que les universités, la presse, le pouvoir judiciaire ou d’autres institutions. Les élections partielles organisées en novembre dernier ont d’ailleurs donné l’avantage aux candidats du Parti démocrate dans cinq États et permis la victoire à New York de Zohran Mamdani, l’un des jeunes démocrates dits « de gauche », issu de l’immigration, devenu l’une des figures perturbatrices des politiques de Trump. Si ce dernier bénéficie d’un large soutien auprès des immigrés, des Afro-Américains, des classes populaires et des communautés LGBT+, le rôle de l’argent a néanmoins été déterminant dans la mobilisation autour de sa campagne, celle-ci ayant été largement appuyée par le financement d’Alexander Soros, fils du fondateur de l’Open Society.

Quoi qu’il en soit, la perspective d’un recul de la popularité de Trump pourrait compromettre l’aboutissement des visions que lui proposent les tenants des « Lumières sombres » et fragiliser les promesses portées par la feuille de route de la « nouvelle Amérique » annonçant un « nouvel âge d’or ». Cela souligne les difficultés à traduire leurs élans utopiques en réalités concrètes. De la même manière, les obstacles géostratégiques auxquels la Russie est confrontée en Ukraine freinent l’enthousiasme impérial d’Alexandre Douguine et d’autres idéologues écoutés par Vladimir Poutine. Quant à la position qu’occupe la Chine sur la scène mondiale, elle constitue un défi majeur aux projets visant à redéfinir les équilibres stratégiques des ambitions impériales respectives des États-Unis et de la Russie.