‘’L’Alliance d'Afrique du Nord'', une alliance contre nature que le Maroc rejette, refusant toute tentative de domination – Par Hassan Abdelkhalek

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Une photo fournie par le service de presse de la présidence tunisienne montre le président Kais Saied (C) accueillant un mini-sommet maghrébin aux côtés du président algérien Abdelmadjid Tebboune (G) et du président du Conseil présidentiel libyen basé à Tripoli, Mohamed al-Menfi, à Tunis, le 22 avril 2024. (Photo de la Présidence tunisienne / AFP)

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Le régime algérien a réitéré lundi dernier (29 avril 2024) dans un commentaire publié par l'agence officielle de presse algérienne (APS), son intention d’enterrer l'Union du Maghreb arabe et réaffirmé son opposition à toute reprise de son activité. Il a également confirmé sa persistance dans la création d'un bloc régional alternatif excluant le Maroc dans le but de l'isoler et de nuire à ses intérêts.

Commentant à travers l’APS les résultats du dernier sommet tripartite réunissant les présidents de l'Algérie, de la Libye et de la Tunisie à Carthage le 22 avril dernier, le régime a prétendu "que l'Union du Maghreb arabe n'existe plus en réalité et que le nouveau bloc régional né à Carthage sera digne d'être une alternative qui s'imposera avec le temps en tant que partenaire fiable et responsable envers les autres entités partenaires". Il a en même temps argué que "le Royaume du Maroc porte la responsabilité de la mort de l'Union du Maghreb arabe depuis 1995".

Alger traite avec une Union ‘’inexistante’’

Le commentaire de l'agence reflète la tendance à la domination qui a toujours caractérisé le comportement du régime algérien dans la région, sous prétexte que l'Algérie serait ‘’l'État pivot’’ autour duquel gravitent les autres pays de la région, lui donnant ainsi le droit de décider au nom de tous le sort de l'Union maghrébine et de la condamner à une mort clinique, allant jusqu’à prétendre qu'elle n'existerait plus depuis plus de 29 ans, imputant mensongèrement cette situation au Maroc.

Pourtant, la chronologie des événements depuis la fondation de l'Union du Maghreb arabe le 17 février 1989 à Marrakech, montre le contraire. C'est le régime algérien qui est responsable de la suspension de l'Union, en persistant dans ses conspirations pour fragmenter l'unité territoriale du Maroc, en violation flagrante du traité fondateur de l'Union et de ses accords.

Le régime algérien se contredit lui-même en prétendant que l'Union maghrébine n'existe plus depuis 1995, alors même qu’il continuait à traiter avec elle, payant ses cotisations d'adhésion jusqu'en 2016, participant aux réunions de ses ministres des Affaires étrangères et  ayant plusieurs de ses diplomates au siège de l'Union jusqu'à l'été 2022. Sans oublier la publication par le ministère des Affaires étrangères algérien le 16 avril 2023 d'un communiqué contestant sans fondement la nomination par l'Union maghrébine de Mme Amina Salman en tant que représentante permanente auprès de l'Union africaine.

La Libye contredit la lecture du régime algérien de la réunion de Carthage

Le régime a encore manifesté sa tendance à la domination en parlant au nom de la Tunisie et de la Libye, sans avoir été officiellement mandaté. Il a ainsi récidivé dans sa volonté d'imposer le bloc régional comme une réalité, affirmant que "les présidents Abdelmadjid Tebboune, Kaïs Saïed et Mohamed Younes El Menfi ont eu le courage de refuser la situation dégradante de l'Union du Maghreb arabe et ont entrepris une initiative décisive qui dépasse simplement la présence dans le groupe des trois pour créer une union stratégique pour s'adapter aux changements régionaux et internationaux".

Cependant, il apparaît que l'interprétation du régime des résultats de la réunion tripartite à Carthage ne suscite pas visiblement un consensus, car le président du Conseil présidentiel libyen, Mohammed Al-Manfi, a immédiatement après cette réunion, dépêché des émissaires à Rabat et à Nouakchott, chargés de deux messages de sa part à Sa Majesté le Roi Mohammed VI et au président mauritanien, Mohamed Ould Ghazouani. Il ressort de cette initiative que la Libye ne souhaite pas la création d'un nouveau bloc sur les ruines de l'Union du Maghreb arabe. Le chargé d'affaires de l'ambassade libyenne à Rabat, après la remise du message libyen adressé à Sa Majesté le Roi,  a déclaré à cet effet que "la visite de l'envoyé libyen s'inscrit dans le cadre des efforts visant à renforcer l'Union du Maghreb arabe, pour réaliser les aspirations des peuples de la région à davantage de stabilité et de prospérité, et qu'elle souligne l'excellence des relations fraternelles entre les deux pays, et met en évidence le rôle actif que le Maroc joue en faveur de l'intégration maghrébine".

Dans le même contexte, l'envoyé libyen a confirmé, après avoir remis le message d'Al-Manfi au président Ghazouani, "la profondeur des relations historiques entre la Mauritanie et la Libye et la consultation continue et étroite dans tous les domaines concernant les deux pays frères, y compris la activation du rôle de l'Union du Maghreb arabe".

La Mauritanie ne montera pas à bord d'un regroupement boiteux

Toujours dans un langage de domination, de mépris et d'arrogance, le régime algérien minimise le rôle de la Mauritanie et décide en son nom de la position qu'elle pourrait adopter vis-à-vis du bloc qu'il souhaite établir. Dans le commentaire de son agence de presse, il prétend que "la création du groupe des trois pays représente une première étape vers la fondation d'une alliance de pays du Nord de l'Afrique à laquelle la Mauritanie adhérera un jour", oubliant que la Mauritanie est un État souverain qui, depuis son indépendance, a préservé sa dignité et a constamment veillé à se retrouver parmi les initiateurs de tout regroupement régional et non après son lancement, et encore moins de prendre en marche un train de surcroit lancé sur une voie boiteuse.

Dans sa défense de la création d'un nouveau bloc sans le Maroc, le régime algérien prétend que "tous les pays africains sont aujourd'hui organisés dans le cadre de groupes régionaux, à l'exception de l'Afrique du Nord, en raison du Maroc qui a préféré s'allier avec l'entité sioniste et tenter de s'aligner sur d'autres structures organisationnelles à l'est".

Des allégations mensongères

Le régime utilise la question de la normalisation avec Israël comme moyen de pression pour cibler le Maroc et nuire à ses intérêts, alors qu'après la création de l'Union du Maghreb arabe en 1989, la Tunisie, la Mauritanie et le Maroc, membres de l'Union, avaient établi des relations diplomatiques avec Israël dans la foulée des accords d'Oslo en 1993 pour trouver une solution à la question palestinienne. L'Algérie n'a pas objecté à ces relations jusqu'à ce que le Maroc et la Tunisie les rompent en 2000, en protestation contre la répression israélienne de l'Intifada palestinienne, cependant que la Mauritanie n'a gelé ces relations qu'en 2009.

Toutefois, le régime algérien a cherché à exploiter la reprise des relations diplomatiques maroco-israéliennes fin 2020, même si le Maroc a continué à soutenir la cause palestinienne, soulignant la nécessité de trouver une solution garantissant le droit du peuple palestinien à établir son État indépendant avec Al Qods acharif comme capitale.

Contrairement aux allégations algériennes, qui n'ont cessé de mener une campagne contre le Maroc sous la bannière de l'opposition à la normalisation, l'Autorité nationale palestinienne a exprimé sa gratitude pour le soutien du Maroc à la cause palestinienne. Pas plus loin qu’il y a quelques semaines, le Premier ministre palestinien Mohammed Mustafa a exprimé la considération de l'État de Palestine pour les positions du Royaume du Maroc, dirigé par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui sont fermes et solidaires des droits du peuple palestinien. Il a particulièrement mis l’accent sur les efforts du Royaume pour fournir une aide à la bande de Gaza et son rôle crucial et important pour aider les habitants de Jérusalem par le biais du Comité Al Qods et de la Maison des fonds de Jérusalem, louant par la même occasion les plaidoyers et le soutien du Royaume du Maroc à l'État de Palestine devant la Cour internationale de justice.

Le régime algérien a toujours brandi la devise "avec la Palestine, juste ou injuste". Deux faits, entre autres, révèlent le mensonge de ce slogan et montrent que le régime recherche toujours ce qui sert ses intérêts et ses objectifs dans la région. L'Algérie n’a-t-elle pas longtemps déroulé le tapis rouge à l'ancien sénateur américain Jim Inhofe et a dépensé des millions de dollars pour le lobbying à Washington, sachant qu'il est l'un des plus grands partisans de l'occupation israélienne et a proposé une loi adoptée par le Sénat américain le 5 février 2021 pour maintenir l'ambassade américaine à Jérusalem occupée, affirmant dans une déclaration écrite que "Jérusalem est la capitale d'Israël, et je suis fier de promulguer une législation pour protéger l'ambassade américaine contre tout transfert ou abaissement de son statut".

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Le régime algérien n'a jamais critiqué le soutien de M. Inhofe au régime israélien et le recevait chaleureusement chaque fois qu'il se rendait en Algérie, car il était l'un des porte-parole sur lesquels il comptait au Congrès pour défendre sa position hostile à l'intégrité territoriale du Maroc.

La deuxième fait, que le régime algérien n'a jamais nié, confirme que la société Neptune Energy, appartenant au groupe Carlyle, détient 65 % des actions d'exploitation d'un gisement de gaz dans la wilaya d'Adrar en Algérie, sachant que ce groupe est dirigé par David Gompertz, un proche ami du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Ainsi, le mensonge de la normalisation comme utilisé comme prétexte pour créer une prétendue alliance nord-africaine sans le Maroc tombe. Mais qu’importe, le Maroc ne s’honorerait pas d’être membre d'une alliance boiteuse, tant il croit en l'importance de préserver l'Union du Maghreb arabe et tant il demeure fermement convaincu qu'un tout regroupement sain doit être fondé sur l'égalité et l'équité entre ses membres, et non sur la domination que le régime algérien cherche à exercer dans la région.

Revenir à la structure de l'Union maghrébine

Les dirigeants avisés et sensés de la région ne partagent pas l'orientation du régime algérien vers la création d'un nouveau bloc, parmi eux l'ancien ministre des Affaires étrangères tunisien, Ahmed Ounais, qui a appelé la Tunisie, la Libye et l'Algérie après la réunion de Carthage à revenir à la structure plus large de l'Union du Maghreb arabe en tant que cadre plus inclusif, considérant que l'impact des trois pays individuellement serait limité et faible, notamment dans les grands dossiers concernant toute la région maghrébine.

Si par méprise de l’histoire le projet algérien se concrétise un jour, il sera une alliance contre nature et sans issue, car la politique des axes n'a jamais servi le Maghreb arabe et ses peuples dans leur aspiration au développement et à la stabilité. Elle n’a toujours conduit qu’aux affrontements.