Le legs de A. El Youssoufi et le pétage de plomb du député Azami

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Caricature de Driss Azami El Idrissi qui a connu un certain succès sur les réseaux.

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Deux faits – peut-on les qualifier d’évènements - sont venus la semaine écoulée égayer, chacun à sa manière, le débat politique au Maroc. Le premier est le legs fait par Feu Abderrahmane El Youssoufi de son domicile et de son contenu à la Fondation Nationale des Musées. Le second est la sortie au Parlement de Driss Azami El Idrissi pour défendre le droit à la retraite des parlementaires qui ne sauraient travailler biliki, traduire à l’œil. 

Sur le papier il n’y a aucun lien entre ces deux actes, et pourtant nombre de commentateurs réseautés ont trouvé le moyen de les mettre en relation pour louer l’attitude du premier, à leurs yeux forcément noble, et la posture du second, de leur point de vue indubitablement vile.

Abderrahmane El Youssoufi est une figure historique de l’opposition, pas toujours amène, avant de mener à son terme, au poste de premier ministre, l’alternance consensuelle voulue par le Roi Hassan II. 

Driss Azami El Idrissi est un cadre du PJD dont il préside le Conseil national.  Ministre délégué au Budget, qu’on a à peine remarqué, dans le gouvernement Abdalilah Benkirane, il est actuellement maire de Fès et député.

Entre les deux hommes aucune commune mesure. Autant El Youssoufi est une stature politique, autant Azami est une statuette guignolesque, ses pitreries au Parlement faisant foi. Néanmoins, le geste de l’un avant son décès et la prise de parole de l’autre sont à relativiser et surtout à ne pas comparer. 

Abderrahmane El Youssoufi, n’ayant pas d’héritier direct, a décidé d’un commun accord avec son épouse que tout ce que possède le couple au Maroc reviendrait à la Fondation Nationale des Musées après le décès de sa conjointe. 

Driss Azami El Idrissi a raté l’occasion de faire le tri dans les mots de son plaidoyer, se l’est joué outré et populiste, usant d’un langage qui flirte avec la grossièreté. 

Pour autant a-t-il tort d’affirmer que tout travail mérite salaire et que député est un job à rétribuer ? Nullement, quand bien même les parlementaires ont bon dos et quand bien même encore il est de bon ton de leur faire endosser tous les problèmes du Maroc comme s’ils étaient seuls responsables des carences du pays. 

Une mauvaise querelle

Depuis le début, cette histoire de retraite qu’on leur dispute tant a été mal posée en remettant en cause non pas la manière dont elle a été conçue, mais son principe même. Elle est en définitive une mauvaise querelle. 

Les députés seraient en droit de prétendre sans contestation à la retraite si et seulement si sa mise en œuvre avait été subordonnée aux règles générales du régime : Cotisation, calcule de montant de la pension à partir d'un montant de référence, le salaire annuel moyen, basé sur le salaire perçu au cours du nombre d’années passé au Parlement, proratisation, décote et surcote qui en découlent, sachant qu’un député ne peut prétendre à percevoir sa pension qu’une fois atteint l’âge légal de la retraite. Des accommodements tenant compte de la particularité du mandat parlementaire, comme son versement sous forme de capitale à la fin de leur mission, pourraient y être ajoutés.

Sans doute, le coup de gueule d’Azami qui a dû souffrir du tapage qui a accompagné l’octroi d’une retraite à son idole Abdalilah Benkirane, est biliki, traduire gratuit. Mais à force d’être le souffre-douleur des frustrations de la société, tout député a droit à un moment ou un autre de sa vie parlementaire à un pétage de plomb. Son tort est là et c’est incontestablement la raison qui lui a fait défaut. Au point où il en est, il pourrait se demander s’il n’aurait pas été moins inaudible s’il s’en était tenu précisément à la raison pour déployer un argumentaire somme toute recevable.

Oui, bien sûr, les Marocains n’ont pas les députés et le Parlement qu’ils méritent. Ou plutôt si ! Certainement, l’élite politique marocaine n’est pas la dreamtime à laquelle ils rêvent. Mais l’on sait que la plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu’elle a. Et le député que l’on retrouve au parlement n’est-il pas un peu fait à notre image ?

La démocratie, un apprentissage au long cours  

Posons-nous un instant et posons la question qui fâche : Est-ce que l’économie du budget du Parlement sortirait le Maroc des inégalités criantes qui le minent et tirent son discours vers le bas ? Pour le croire, il n’y a qu’une certaine blogueuse dont je ne dirai pas le nom. Par magnanimité pour son analphabétisme politique qui n’a d’égal que son analphabétisme tout court.

Autre question polémique en l’état actuel de notre esprit : Vaudrait-il mieux un Parlement boiteux que pas de Parlement du Tout ? Pour les Marocains qui dans leur grande majorité ne se dérangent pas pour aller voter on peut considérer que la question est tranchée. Ont-ils pour autant raison ? Non, et pour saisir l’importance de la question il est nécessaire de revenir sur le chemin parcouru par la démocratie marocaine, nécessairement défectueuse, et interroger la mémoire collective sur l’état d’exception déclaré en 1965 qui a joué les prolongatios au-delà de sa durée légale.

La démocratie, un apprentissage au long cours tumultueux, a un cout. Il est politique et financier. On s’y inscrit parce qu’on croit qu’en forgeant on deviendra démocrate. On a tendance à l’oublier, mais ce n’est pas pour rien que Winston Churchill, ressortissant d’une des plus belles démocraties du monde, a dit que « la démocratie est le pire des systèmes, à l’exclusion de tous les autres ». En le paraphrasant on peut en déduire que la démocratie marocaine est imparfaite, mais moins imparfaite que tous les autres systèmes alternatifs qu’en l’occurrence ne peuvent être que synonymes d’autoritarisme affiché, assumé et intégralement exercé.