Mostra de Venise: NAZA, un documentaire israélien sur les crimes à Gaza remporte le prix spécial du jury

Mostra de Venise: NAZA, un documentaire israélien sur les crimes à Gaza remporte le prix spécial du jury

Le documentaire des journalistes d’investigation israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor recueille la parole, sidérante, d’une vingtaine de militaires israéliens. Ils témoignent des méthodes employées par l’armée israélienne pour perpétrer le massacre de masse des Palestiniens dans la bande de Gaza.

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Primé par le prix spécial du jury à la Mostra de Venise, le documentaire israélien NAZA, réalisé par Yuval Abraham et Rachel Szor, décrit, à partir de témoignages de militaires et d’agents du renseignement israéliens, les mécanismes de ciblage et de bombardement employés à Gaza. Le film, qui a donné l’urticaire à l’armée israélienne, a également déclenché une violente réaction politique en Israël, où plusieurs ministres ont appelé à enquêter sur les sources des deux réalisateurs et à déchoir ces derniers de leur nationalité sanctionner ses réalisateurs.

Les réalisateurs Yuval Abraham et Rachel Szor, lauréats du Prix spécial du jury pour « Naza », participent à une séance photo sur le tapis rouge à l'issue de la cérémonie de clôture de la 83e édition du Festival du film de Venise, au Lido de Venise, le 12 septembre 2026 (Photo : Tiziana FABI / AFP)

Venise, Italie -Un documentaire choc israélien sur Gaza réalisé par les journalistes d'investigation Yuval Abraham et Rachel Szor, déjà coauteurs du film oscarisé "No Other Land" (2024), a remporté samedi le prix spécial du jury à la Mostra de Venise.

Ovationné durant 25 minutes lors de sa première vendredi, "NAZA" dénonce, selon Yuval Abraham, des "mécanismes de mise à mort" utilisés par l'armée israélienne dans la bande de Gaza.

"NAZA" - un terme utilisé par l'armée israélienne pour indiquer le nombre de civils censés être tués dans une frappe aérienne - se fonde sur les témoignages anonymisés de 24 militaires des services secrets israéliens, filmés de nuit depuis les toits de Tel-Aviv.

Ce film de 80 minutes a laissé de nombreux spectateurs stupéfaits, les militaires israéliens qui y témoignent décrivant le sentiment de travailler dans une "usine" à tuer ou dans un jeu vidéo mortel lorsqu’ils utilisaient des systèmes de ciblage alimentés par l’IA pour bombarder Gaza.

"Nous voulions entendre, avec le plus de détails possible, à quoi ressemblaient les mécanismes de mise à mort à Gaza, comment ils fonctionnaient", avait expliqué Yuval Abraham lors d'une interview avec l'AFP à Venise.

"Les agents des services de renseignement israéliens à qui nous avons parlé nous ont expliqué à quel point ce massacre est systémique", a déclaré le réalisateur lors de la remise du prix samedi.

"Ce n’est pas un accident, mais bien le fruit d’une stratégie délibérée. Des actes meurtriers et des politiques fondés sur une déshumanisation totale des Palestiniens", a-t-il ajouté, rendant hommage aux journalistes palestiniens ayant permis de documenter et faire connaître ces faits.

"Plus de 200 d’entre eux ont été tués par Israël", a rappelé le journaliste d'investigation et réalisateur.

Yuval Abraham a également souligné qu’il était "vraiment" et "particulièrement important pour nous que les Israéliens regardent ce film" car "c’est notre pays qui commet ces crimes".

L'armée israélienne a "catégoriquement rejeté" vendredi les témoignages qui l'accusent dans "NAZA", prétendant qu'elle fait "des efforts sans précédent pour réduire autant que possible les dommages causés aux civils".

Lancée en octobre 2023, la guerre, qualifiée de génocide par l’ONU et plusieurs ONGs, menée par Israël à Gaza a fait plus de 73.000 morts dont les deux tiers sont des femmes et des enfants.

Plus de 1 360 Palestiniens ont été tués dans la bande de Gaza depuis l’entrée en vigueur du dernier cessez-le-feu, le 10 octobre 2025.

Depuis le début de la trêve, le bilan fait état de plus de 1 369 morts et de plus de 4 600 blessés. Par ailleurs, 831 corps ont été retrouvés et dégagés des décombres.

Malgré l’accord de cessez-le-feu conclu en octobre 2025, les frappes et les opérations militaires israéliennes se sont poursuivies de manière quasi quotidienne dans l’enclave.

En Cisjordanie, les autorités et plusieurs sources concordantes font état de 1 100 à 1 169 Palestiniens tués dans la région Plus de 12 600 personnes ont également été blessées, tandis qu’environ 23 000 autres ont été arrêtées au cours de la même période.

Cette flambée de violences s’inscrit dans un contexte marqué par la multiplication des raids militaires, des démolitions et des attaques de colons en Cisjordanie occupée depuis le 7 octobre 2023.

Un ministre israélien veut déchoir de leur nationalité les réalisateurs de NAZA

Le ministre israélien la Culture Miki Zohar a annoncé dimanche vouloir déchoir de leur nationalité les réalisateurs du documentaire "NAZA", les accusant de "trahison envers l'Etat".

"J'agirai immédiatement pour retirer la citoyenneté israélienne" aux réalisateurs Yuval Abraham et Rachel Szor, dont le documentaire a remporté samedi le prix spécial à la Mostra de Venise, a déclaré sur X le ministre qui demandé une enquête pour identifier les sources qui accusent anonymement l'armée de tuer de nombreux civils à Gaza dans le documentaire choc "NAZA", primé à la Mostra de Venise.

D'autres ministres s'en sont pris dimanche soir aux réalisateurs du fil.

"Vous êtes une honte et une source d'embarras pour tout le peuple d'Israël. Allez-vous-en !", a lancé sur X le ministre d’extrême droite de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir. "Je suis certain que vos amis, c'est-à-dire nos ennemis le Hamas à Gaza, vous accueilleront les bras ouverts", a continué le ministre d'extrême droite.

La déchéance de nationalité est légalement possible en Israël. La Cour suprême a entériné en 2022 la possibilité pour l'Etat de déchoir de leur nationalité des personnes ayant manqué de "loyauté", en commettant par exemple des actes d'espionnage ou de trahison.

La loi a en outre été élargie en 2023 pour concerner également les personnes condamnées pour "terrorisme". Concrètement, il faut que le ministre de l'Intérieur en fasse la demande, que celui de la Justice l'approuve, et que des juges la valident. (Quid avec AFP)

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