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Grand Magal de Touba : le Maroc réaffirme ses liens spirituels avec le Sénégal
Le Grand Magal est la fête religieuse la plus importante de la confrérie mouride. Le mot magal, d’origine wolof, signifie rendre hommage, célébrer ou magnifier
Une délégation marocaine d’oulémas a pris part à la 132e édition du Grand Magal de Touba, l’un des plus importants rassemblements religieux d’Afrique. Cette participation a permis de mettre en avant la profondeur des relations spirituelles entre le Maroc et le Sénégal, ainsi que leur attachement commun à un islam modéré, fondé sur la paix, la tolérance et la coexistence. L’édition 2026 a toutefois été endeuillée par de nombreux accidents de la route ayant fait plusieurs centaines de victimes.
Une délégation marocaine reçue par le Khalife général
Conduite par Mohamed Kharroubate, président du Conseil des Oulémas de la région de Marrakech-Safi, la délégation marocaine a assisté, lundi à Touba, à la cérémonie officielle de la 132e édition du Grand Magal. L’événement commémore le départ en exil au Gabon, en 1895, de Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké, fondateur de la confrérie des Mourides.
La délégation comprenait également Mostapha Slimi, président du Conseil local des Oulémas de Safi, Karim Jiali, président du Conseil local des Oulémas de Settat, Abdesslam Alaoui El Belghiti, président du Conseil local des Oulémas de Boulemane, ainsi que des membres de l’ambassade du Maroc à Dakar.
Les représentants marocains ont été reçus par le Khalife général des Mourides, Serigne Mountakha Bassirou Mbacké. Celui-ci a exprimé sa gratitude au Roi Mohammed VI pour son engagement en faveur de l’islam, de la paix et de la promotion des valeurs spirituelles sur le continent africain.
Mohamed Kharroubate a souligné que le déplacement des oulémas marocains à Touba traduit la volonté du Royaume, sous l’impulsion du Roi Mohammed VI, Amir Al-Mouminine, de préserver et de renforcer les relations religieuses séculaires unissant le Maroc au Sénégal.
Des relations religieuses anciennes
La participation marocaine au Grand Magal s’inscrit dans une longue tradition d’échanges entre les deux pays. Ces liens dépassent le seul cadre diplomatique et trouvent leur profondeur dans une histoire spirituelle et religieuse partagée.
Le président du Conseil des Oulémas de Marrakech-Safi a insisté sur la singularité des relations maroco-sénégalaises et sur la volonté du Royaume de les consolider dans plusieurs domaines, notamment celui de la coopération religieuse.
Il a également mis en avant les constantes communes à la Commanderie des Croyants au Maroc et à la confrérie mouride. Elles reposent sur la promotion d’un islam du juste milieu, opposé aux excès, attaché à la paix, à la coexistence et à la tolérance.
Pour le porte-parole et conseiller du Khalife général des Mourides, Serigne Abdou Khadre Mbacké, la présence régulière de délégations marocaines à Touba témoigne d’une fidélité remarquable et d’une volonté constante de renforcer les liens de fraternité entre les deux peuples.
Il a salué le rôle joué par le Maroc dans le rayonnement de l’islam en Afrique, ainsi que dans la formation des imams, des prédicateurs et des guides religieux. Selon lui, cette politique fait du Royaume un partenaire majeur de la stabilité spirituelle du continent et l’un des principaux pôles africains de formation religieuse.
Un exil transformé en victoire spirituelle
Le Grand Magal est la fête religieuse la plus importante de la confrérie mouride. Le mot magal, d’origine wolof, signifie rendre hommage, célébrer ou magnifier. L’événement est avant tout considéré comme une journée d’action de grâce consacrée à Dieu.
Il commémore l’exil de Cheikh Ahmadou Bamba au Gabon, décidé par l’administration coloniale française en 1895. Cet épisode n’est pas perçu par les Mourides comme une défaite, mais comme une victoire spirituelle et une manifestation de foi, de patience et de confiance en Dieu.
À la fin du XIXe siècle, l’influence croissante de Cheikh Ahmadou Bamba avait suscité l’inquiétude des autorités coloniales. En 1889, le gouverneur Clément Thomas lui avait demandé de disperser ses disciples et de les renvoyer dans leurs villages. Face à son refus, une surveillance étroite et des persécutions avaient été engagées, poussant de nombreux Mourides à se réfugier à Touba.
La première célébration du Magal eut lieu du vivant du Cheikh, alors qu’il se trouvait en résidence surveillée à Diourbel. Son fils, Serigne Fallou Mbacké, deuxième Khalife de la confrérie, invita ensuite les disciples à célébrer l’événement à Touba à partir de 1947.
Touba au cœur d’un immense pèlerinage
La ville sainte accueille chaque année plusieurs millions de fidèles venus du Sénégal, de la diaspora mouride et de nombreux pays étrangers. Dès 2011, le rassemblement avait dépassé les trois millions de pèlerins, confirmant sa place parmi les plus grandes manifestations religieuses au monde.
La cérémonie officielle de l’édition 2026 s’est déroulée en présence de membres du gouvernement sénégalais, de délégations étrangères, de représentants du corps diplomatique accrédité à Dakar et de milliers de fidèles.
Cette affluence exceptionnelle exerce toutefois une forte pression sur les infrastructures de Touba. Des coupures d’électricité et des pénuries d’eau ont été signalées dans les jours ayant précédé et accompagné le pèlerinage.
Une édition endeuillée par les accidents
Le Grand Magal 2026 a aussi été marqué par de nombreux accidents de la circulation. Les sapeurs-pompiers ont fait état de plus de 400 victimes, dont 21 morts, selon un bilan encore provisoire.
Des images diffusées sur les réseaux sociaux ont montré des véhicules et des autobus surchargés, ainsi que plusieurs scènes de collision. Le ministre sénégalais de l’Intérieur, Mouhamadou Makhtar Cissé, a reconnu le nombre élevé d’accidents malgré le déploiement de 4.800 policiers.
Le porte-parole du Khalife général a observé un temps de prière à la mémoire des victimes. En clôture de cette édition, le ministre de l’Intérieur a également appelé les Sénégalais à la paix, à la retenue et à la responsabilité dans un contexte marqué par des tensions dans le débat public et politique.