Ormuz : Trump rejette le plan iranien, Téhéran maintient ses conditions

Ormuz : Trump rejette le plan iranien, Téhéran maintient ses conditions

Selon les autorités aéroportuaires, les avions iraniens n'ont désormais plus le droit de se poser en Irak, aux Emirats, à Oman, en Azerbaïdjan et en Géorgie. Mais les liaisons continuent à être assurées avec la Chine et la Russie, via les deux principales compagnies Iran Air (nationale) et Mahan Air).

1
Partager :

Le président américain Donald Trump a rejeté la proposition iranienne prévoyant la réouverture du détroit d’Ormuz sous sept jours, tandis que Téhéran affirme maintenir les conditions posées à Washington. Au cœur de l’affrontement entre les États-Unis et l’Iran, cette voie maritime stratégique demeure un enjeu majeur pour la sécurité régionale et les approvisionnements énergétiques mondiaux. Malgré le refus américain, les autorités iraniennes assurent ne pas fermer la porte à la diplomatie.

Un refus catégorique de Washington

« Je rejette leur proposition », a déclaré samedi Donald Trump devant la presse à sa sortie de la Maison Blanche. Le président américain a affirmé que les dirigeants iraniens cherchaient désormais un accord parce qu’« ils sont en train de méchamment perdre ».

L’Iran avait annoncé vendredi avoir soumis aux États-Unis un plan prévoyant la réouverture du détroit d’Ormuz dans un délai de sept jours à compter de l’acceptation de l’accord. Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, avait alors estimé que « le choix appartient désormais » à Washington.

Le président iranien Massoud Pezeshkian avait précisé que la proposition avait été préparée « en coordination » avec le guide suprême Mojtaba Khamenei, présenté comme l’ultime arbitre des décisions de la République islamique. Une équipe de six personnes disposant du « pouvoir de prendre des décisions » avait également été constituée pour conduire ce processus.

Mais le refus de Donald Trump n’a pas conduit Téhéran à modifier sa position. Dimanche, Abbas Araghchi a réaffirmé que la réouverture du détroit restait conditionnée à l’acceptation des exigences iraniennes.

« Nos conditions sont claires, et tout mouvement vers la réouverture du détroit d’Ormuz dépend de la satisfaction de ces conditions. Nous ne reviendrons pas dessus », a-t-il déclaré à la télévision d’État iranienne.

Téhéran laisse ouverte la voie diplomatique

Malgré la fermeté affichée, le chef de la diplomatie iranienne a assuré que Téhéran n’entendait pas renoncer aux négociations. « Nous n’avons jamais fermé la porte à la diplomatie ou aux négociations, mais, dans le même temps, nous n’avons jamais renoncé à nos droits », a-t-il affirmé.

L’Iran attend désormais que les médiateurs lui transmettent officiellement la position américaine. Abbas Araghchi a souligné que les autorités iraniennes avaient pris connaissance de la première réaction de Donald Trump, mais qu’aucune réponse formelle n’avait encore été communiquée par les intermédiaires.

Cette séquence illustre la défiance persistante entre les deux pays. Peu avant d’annoncer publiquement son refus, Donald Trump avait publié sur son réseau Truth Social une carte du détroit d’Ormuz portant la mention « Détroit Trump ».

Selon le Wall Street Journal, cité dans le texte source, le président américain avait déjà écarté l’offre iranienne, estimant que Téhéran ne satisferait pas les exigences de Washington. Le quotidien affirme également qu’il envisage une reprise des frappes contre l’Iran après les élections américaines de mi-mandat du 3 novembre.

Les États-Unis n’ont plus bombardé le territoire iranien depuis le 1er septembre. Une série de frappes avait alors notamment fait cinq morts et plusieurs dizaines de blessés lors d’un mariage dans le sud-est de l’Iran. Des navires ont toutefois été touchés depuis dans le détroit d’Ormuz.

Un passage vital pour l’énergie mondiale

Le détroit d’Ormuz reste au centre de la confrontation. Avant le conflit, environ un cinquième des hydrocarbures mondiaux transitait par cette voie maritime. Depuis le déclenchement, fin février, des frappes américaines et israéliennes contre l’Iran, la République islamique en revendique le contrôle, tandis que Washington impose un blocus aux ports iraniens.

Les répercussions dépassent largement les deux protagonistes. La perturbation de la navigation touche directement les pays exportateurs du Golfe et pèse sur les marchés énergétiques mondiaux.

« La stabilité de cette région vitale est directement liée à la sécurité énergétique mondiale », a rappelé samedi le ministre saoudien des Affaires étrangères, Fayçal ben Farhane, devant l’Assemblée générale des Nations unies à New York.

L’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole, est particulièrement affectée par les perturbations dans les détroits d’Ormuz et de Bab el-Mandeb. Riyad a appelé à protéger la liberté de navigation et dénoncé les « manquements » de la communauté internationale.

La Russie a de son côté proposé son aide pour contribuer à stabiliser la situation. À l’ONU, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a plaidé pour le rétablissement de la confiance entre l’Iran, les États arabes et les autres pays du Golfe.

Le protocole de juin toujours au centre des discussions

Pour Téhéran, les demandes formulées dans le cadre de la proposition actuelle ne constituent pas de nouvelles exigences. Abbas Araghchi affirme qu’elles figuraient déjà dans le protocole d’accord signé en juin.

Cette entente devait permettre de mettre durablement fin au conflit, de rouvrir le détroit d’Ormuz puis d’engager des négociations sur le dossier nucléaire iranien. Elle avait toutefois échoué en raison des désaccords sur les conditions de circulation dans cette voie maritime stratégique.

Le protocole prévoyait notamment un arrêt immédiat des hostilités sur l’ensemble des fronts, y compris au Liban, où l’armée israélienne combat le Hezbollah, soutenu par Téhéran.

Il incluait aussi, conformément aux demandes iraniennes, le déblocage et le versement d’avoirs gelés depuis la Révolution islamique de 1979 ainsi que la levée des sanctions américaines qui pèsent lourdement sur l’économie iranienne.

Le front yéménite complique encore l’équation

Le Yémen constitue désormais un autre élément majeur des négociations. Dans un entretien à l’AFP, le porte-parole des Gardiens de la Révolution, Hossein Mohebi, a insisté sur la nécessité de mettre un terme aux combats dans ce pays.

Le conflit entre les Houthis, soutenus par l’Iran, et le gouvernement yéménite appuyé par l’Arabie saoudite a repris en juillet après plusieurs années d’accalmie. En septembre, le mouvement houthi a lancé une offensive meurtrière qui lui a permis de consolider son contrôle sur le détroit de Bab el-Mandeb.

Ce passage constitue, avec Ormuz, l’un des principaux points de tension pour le commerce énergétique international. Il relie l’Europe à l’Asie par la mer Rouge et le canal de Suez.

Le rejet du plan iranien par Donald Trump ne met donc pas fin aux tractations. Téhéran maintient ses exigences tout en affirmant privilégier la voie diplomatique. Entre le contrôle des détroits, le dossier nucléaire, les sanctions économiques et les différents fronts régionaux, la réouverture d’Ormuz reste suspendue à un compromis qui paraît, à ce stade, difficile à atteindre.