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Des raisons de rester prudent : la Minurso, la surprise mauritanienne et… de Mistura ! (2/2) – Par Abdelhamid Jmahri
Visite de de Mistura à Nouachott en avril 2025, qui suscite des interrogations
Le rapport de Guterres appelle une lecture attentive sur trois points : l’avenir de la Minurso, la demande mauritanienne de clarification des frontières du territoire disputé et les positions défendues par Staffan de Mistura. Antonio Guterres appelle à ne pas modifier prématurément la structure ou le mandat de la Minurso tant que les négociations se poursuivent. Abdelhamid Jmahri s’attarde sur la prudence que dicte ce rapport, qu’il confronte aux attaques du Polisario, aux entraves imposées à la mission onusienne, à l’émergence d’une position mauritanienne sur la délimitation des frontières et aux prises de position de Staffan de Mistura sur le cadre et l’issue des négociations.
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Par Abdelhamid Jmahri
Le rapport de Guterres contient de nombreux éléments qui méritent une lecture attentive. Dans l’attente du discours royal à l’ouverture du Parlement et de la lecture officielle de la position marocaine, un constat peut être établi : alors que tous les indicateurs et les éléments d’analyse figurant dans la résolution 2797 laissaient entrevoir l’ouverture d’une réflexion sur les nouvelles missions de la Minurso à la lumière des évolutions du dossier, la principale question porte désormais sur la formulation retenue à propos de la mission onusienne et sur la manière dont le rapport la présente. S’y ajoutent la nouvelle position mauritanienne et les démarches de l’envoyé spécial, Staffan de Mistura.
La Minurso : une révision suspendue à l’issue des négociations
Le rapport résume les rencontres menées par Asim Khan, nommé par le secrétaire général directeur de la Division des politiques et de la médiation au Département des affaires politiques et de la consolidation de la paix. En réponse à la demande du Conseil de sécurité formulée dans la résolution 2797 (2025), il a été chargé de « procéder à un examen stratégique du futur mandat de la Minurso, en tenant compte des résultats des négociations ».
Lire aussi : GUTERRES : UNE PREMIÈRE LECTURE PRUDENTE ET DES ÉLÉMENTS POSITIFS (1/2) – PAR ABDELHAMID JMAHRI
Le rapport expose les conclusions des travaux de M. Khan et ses recommandations au Conseil. On y lit qu’entre le 12 et le 19 mars, il a rencontré à New York des représentants du Maroc, du Front Polisario, de l’Algérie et de la Mauritanie, ainsi que des membres du Conseil de sécurité et les instances compétentes des Nations unies, avant de se rendre dans la région du 24 mars au 2 avril.
Au Sahara, M. Khan a également consulté les différentes composantes de la Minurso à Laâyoune et visité les sites des équipes de la mission, ainsi que le bureau de liaison de Tindouf. Il y a rencontré les agences des Nations unies qui apportent une aide dans les camps de réfugiés sahraouis.
Il s’est aussi rendu à Rabat, à Alger et à Nouakchott, où il s’est entretenu avec les autorités concernées, ainsi qu’à Rabouni, où il a rencontré des représentants du Front Polisario. Ses rencontres, ses contacts et son appréciation de la situation l’ont conduit au constat suivant : « Faute d’aboutissement politique, il a présenté une évaluation préliminaire au Conseil de sécurité lors de consultations à huis clos, le 23 avril, sur la base de sa visite dans la région et de ses contacts avec les parties concernées. »
Le point essentiel est que, dans son exposé, il a mis en garde contre toute modification prématurée de la structure ou du mandat de la mission alors que les négociations étaient toujours en cours. En conséquence, ses conclusions demandent au Conseil de sécurité de s’abstenir d’apporter des modifications prématurées à la structure de la mission ou des modifications prématurées à son mandat. Il a lié ces mises en garde au fait que les négociations se poursuivaient.
En l’absence de précisions sur ce qu’il entend par « prématurées », on peut comprendre qu’il s’agit de modifications intervenant avant le moment opportun, c’est-à-dire avant que les négociations n’aboutissent. Cela peut aussi signifier qu’aucun changement ne doit être apporté entre octobre 2025 et octobre 2026. Dans ce cas, ces modifications interviendront-elles après la réunion de ce mois d’octobre 2026 ?
Cette question ne trouvera pas de réponse avant la réunion attendue à la fin du mois en cours. Que recouvrent, par ailleurs, les termes de structure et de mandat ? S’agit-il de l’organisation et des moyens matériels de la mission, autrement dit de ses composantes militaire et civile, ou bien de ses effectifs et de ses formations ?
Quant au mandat de la Minurso, il comporte une dimension temporelle et une mission à accomplir.
La question de la durée a déjà été abordée. Pour ce qui est de sa mission, elle concerne l’organisation du référendum et le cessez-le-feu.
Les attaques du Polisario et les entraves à la mission
Or, comme cela a été établi, le Polisario n’a pas cessé les tirs. Le rapport indique qu’entre le 1er octobre 2025 et le 15 août 2026, l’armée royale marocaine a signalé à la Minurso 129 incidents de tirs à l’ouest du mur de sable. Le Polisario a également empêché la Minurso d’accomplir sa mission dans de nombreux cas, notamment en limitant les déplacements de ses patrouilles terrestres à un rayon de 20 kilomètres autour de chaque site d’équipe.
Mais le plus important réside dans les trois prises de position expressément mentionnées : La condamnation des attaques du Polisario et l’inquiétude qu’elles suscitent, « L’heure (étant) au dialogue et aux négociations, et non à l’escalade militaire », la condamnation de l’attaque par les États-Unis, qui ont déclaré que « ces actes ne sont pas conformes à l’esprit des discussions récentes », et enfin l’expression de préoccupations similaires par d’autres États membres, qui ont souligné que de telles attaques risquaient de compromettre le processus politique.
C’est sur ces éléments que le rapport aurait dû s’arrêter pour déterminer qui entrave toute révision de fond de la Minurso, au lieu de se contenter de mettre en garde contre un changement devenu impératif du fait de la résolution 2797, de l’accélération des évolutions internationales et du soutien apporté à l’autonomie.
La surprise mauritanienne : quelles frontières ?
Le deuxième élément nouveau, qui n’avait plus fait l’objet de discussions internationales depuis les débats devant la Cour internationale de justice en 1975 et dans le cadre de l’accord tripartite entre le Maroc, la Mauritanie et l’Espagne, concerne les observations de l’envoyé spécial sur ses rencontres avec les responsables mauritaniens. Le rapport indique ainsi que « lors de ce cycle et des séances suivantes, la Mauritanie a insisté sur la nécessité de constituer une commission chargée de clarifier, de manière consensuelle, les frontières internationales définitives et permanentes du territoire disputé. »
Nous reviendrons sur ce sujet dans un prochain volet. On peut toutefois relever dès à présent le caractère nouveau, voire surprenant, de la position mauritanienne, dès lors que l’accord tripartite, les décisions de la Cour internationale et les résolutions onusiennes sur le Sahara définissent la carte du territoire faisant l’objet du différend. L’insistance mauritanienne ne peut se comprendre que comme une volonté de redéfinir les frontières en donnant à Nouakchott une place nouvelle dans cette démarche, en particulier lorsqu’elle évoque des « frontières internationales » et une « démarche concertée ». Cela signifie que le Maroc ne peut, à lui seul, déterminer les frontières pour lesquelles il lutte depuis un demi-siècle, voire davantage.
Les positions de de Mistura suscitent l’étonnement
Quant à de Mistura, il a défendu plusieurs positions qui suscitent l’étonnement, notamment les suivantes : La résolution 2797 fournit un cadre aux négociations, mais n’impose pas d’issue déterminée, la participation aux négociations ne signifie pas l’acceptation automatique de leur résultat et la proposition d’autonomie pour le Sahara occidental doit satisfaire aux normes internationales les plus élevées.