Politique
Fatima Ezzahra El Mansouri face au défi de la confiance dans le Parlement – Par Hatim Betioui
Fatima Ezzahra El Mansouri, avec sa forte personnalité marrakchie, enjouée et joviale, a contribué à créer une dynamique politique marquée par un intérêt accru pour le gouvernement et sa cheffe. Mais la véritable épreuve consiste à transformer cette attention en un suivi durable de la vie politique
Dans la foulée des élections du 23 septembre, le gouvernement de Fatima Ezzahra El Mansouri a ramené la politique et le Parlement au centre de l’attention. Pour que cet intérêt dure, souligne Hatim Betioui, il faudra des résultats concrets, un débat parlementaire sérieux et un véritable contrôle de l’action gouvernementale.

Hatim Betioui
La première idée qui vient à l’esprit de tout observateur de la vie politique marocaine, au lendemain des élections du 23 septembre, est sans doute que le gouvernement de Fatima Ezzahra El Mansouri a ramené les Marocains à la politique. Un premier pas vers le rétablissement de leur confiance dans le Parlement, après des années de désintérêt pour ses débats.
Le désintérêt pour la politique a été la caractéristique du mandat gouvernemental précédent. Peu porté sur le show politique, pourtant nécessaire à la vie parlementaire, les interventions du gouvernement n’impactaient pas trop les débats. En face, l’opposition, faible et désorganisée, était atone.
Un regain d’intérêt à inscrire dans la durée
La séance d’investiture du gouvernement El Mansouri a replacé le Parlement au centre de l’attention médiatique. Le 23 octobre, le gouvernement a obtenu la confiance de la Chambre des représentants. La discussion de son programme a été marquée par des tensions et des échanges d’accusations entre majorité et opposition, signe d’un regain de confrontation politique qui fait le piment des débats parlementaires.
Fatima Ezzahra El Mansouri a défendu le caractère politique de son gouvernement et abordé des questions qui préoccupent l’opinion publique, notamment les conflits d’intérêts, le pouvoir d’achat et la justice sociale. Ses réponses ont suscité des débats et des joutes verbales avec l’opposition.
Si El Mansouri, avec sa forte personnalité marrakchie, enjouée et joviale, a contribué à créer une dynamique politique marquée par un intérêt accru pour le gouvernement et sa cheffe, cet intérêt reste, dans un premier temps, lié à la nouveauté de l’événement et à la curiosité qui accompagne la formation d’un nouveau gouvernement. Il ne suffit donc pas d’attirer les regards au début : la véritable épreuve consiste à transformer cette attention en un suivi durable de la vie politique.
Des résultats attendus sur le pouvoir d’achat
El Mansouri n’a d’autre choix que de réussir les lourdes missions qui lui incombent. Première femme de l’histoire du Maroc à accéder à cette haute fonction exécutive à la suite d’élections, sa nomination par le Roi Mohammed VI constitue une évolution d’une portée politique et symbolique, au Maroc comme dans le monde arabe. L’intérêt durable des citoyens pour le Parlement dépendra ainsi des décisions du gouvernement et des résultats qu’il obtiendra pour le pouvoir d’achat des ménages.
Elle doit veiller à la qualité des politiques publiques et faire du Parlement un véritable espace de débat et de contrôle, plutôt qu’une boite d’enregistrement. Elle doit aussi remédier aux dysfonctionnements du précédent mandat gouvernemental, auquel son parti a participé après être arrivé en deuxième position aux élections de 2021.
La présence d’un ministre de l’Économie, des Finances et de la Performance publique de la trempe de Fouzi Lekjaa pourrait l’y aider. C’est un ministre qui maîtrise son domaine, réputé efficace comme l’a monté sa gestion du football à la tête de la Fédération royale marocaine de football. C’est aussi un ministre engagé en politique, et non un simple technocrate de passage, ce qui pourrait aider en principe le gouvernement à gérer les dossiers économiques et financiers sans trop d’embûches.
Un autre point dans le registre de la cheffe du gouvernement a suscité l’admiration des adversaires avant même celle des alliés. À l’inverse de certains partis qui font appel à des ministres venus d’ailleurs, tandis que leurs propres militants restent sur la salle d’attente, El Mansouri a veillé à choisir les ministres de son parti, le Parti authenticité et modernité, parmi ses militants, sans recourir aux technocrates extérieurs..
Pourquoi les Marocains se sont détournés du Parlement
Mais pourquoi une grande partie des Marocains s’est-elle détournée du suivi des travaux parlementaires ces dernières années ?
Plusieurs facteurs l’expliquent, à commencer par le décalage entre les discours et les résultats. Le citoyen ne juge pas la politique à la seule qualité des discours, mais essentiellement aux effets des décisions sur son revenu, sur les perspectives d’emploi de ses enfants et sur la qualité des services qu’il attend.
Le citoyen qui entend des promesses nombreuses et répétées sans constater d’amélioration tangible dans les domaines de l’emploi, de l’éducation, de la santé et du pouvoir d’achat, n’a pas tendance à prêter attentions au le débat politique.
Le citoyen qui ne voit pas son représentant au Parlement se saisir de ses problèmes ou contrôler sérieusement l’action du gouvernement, a tendance à considérer le suivi des séances comme une perte de temps. Ce désintérêt s’accentue lorsque le débat parlementaire se transforme en querelle partisane, où les accusations et la surenchère prennent le pas sur la présentation d’alternatives et la discussion des politiques publiques. Il devient alors difficile de distinguer le désaccord politique constructif de l’affrontement qui vise seulement à marquer des points contre ses adversaires.
L’essentiel n’est donc pas seulement qu’El Mansouri ait ravivé l’intérêt pour le Parlement : ce regain constitue une opportunité périssable s’il ne s’accompagne pas de résultats concrets, d’un débat parlementaire sérieux et d’un véritable contrôle de l’action gouvernementale. Le débat peut être passionnant, et les observateurs peuvent prendre plaisir aux escarmouches et aux échanges encore faudrait-il que cela ne se réduise pas à beaucoup de bruit pour rien.