Le Maroc de Mohammed VI : la construction patiente d’un Maroc nouveau

Le Maroc de Mohammed VI : la construction patiente d’un Maroc nouveau

En juillet 2007, l’'inauguration par le roi Mohammed VI de ce terminal marque le démarrage des activités de transbordement dans le port promu à devenir l’un des plus importants du monde et dont beaucoup ne rendront compte de sa portée stratégique qu’une fois sur pied

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AU 27e anniversaire de l’accession du roi Mohammed VI au Trône, le Maroc dresse le bilan de plus d’un quart de siècle marqué par des réformes institutionnelles, de grands chantiers d’infrastructure, une modernisation économique accélérée et un retour affirmé sur la scène africaine. Talaâ Saoud Al Atlassi revient sur a Fête du Trône comme un moment de célébration, mais aussi d’évaluation d’un projet royal construit dans la durée.

Talaâ Saoud Al Atlassi

Une célébration tournée vers le bilan

Depuis juillet 1999, la Fête du Trône ne se limite pas à un rendez-vous protocolaire. Elle est devenue un temps fort de la vie nationale, au cours duquel les Marocains mesurent le chemin parcouru, les attentes encore insatisfaites et les perspectives ouvertes par les choix stratégiques du Royaume.

Le projet conduit par le roi Mohammed VI s’inscrit dans une logique de long terme. Il repose sur l’accumulation de réformes politiques, sociales, économiques et territoriales destinées à transformer progressivement l’État et la société, tout en répondant aux mutations du pays.

Des réformes qui ont changé le cadre institutionnel

Les premières années du règne ont été marquées par des décisions à forte portée politique et symbolique. Le nouveau concept de l’autorité a redéfini la relation entre l’administration et le citoyen. L’Instance Équité et Réconciliation a ouvert un processus inédit de traitement des violations passées des droits humains. La reconnaissance constitutionnelle de l’amazighe a consacré une composante essentielle de l’identité marocaine.

La réforme du champ religieux, le renforcement de l’indépendance du pouvoir judiciaire et l’adoption de nouvelles législations ont également renouvelé le fonctionnement institutionnel du pays. La loi sur les partis politiques, le Code du travail, l’encadrement du droit de grève, la réforme de la presse et la libéralisation de l’audiovisuel ont accompagné la modernisation de l’espace public.

Ces avancées n’ont pas supprimé toutes les difficultés. Elles ont toutefois installé de nouveaux principes et créé un cadre plus adapté aux transformations sociales et politiques.

La protection sociale comme nouveau socle

La modernisation institutionnelle a été complétée par une orientation sociale plus affirmée. La généralisation de la couverture médicale et l’élargissement de la protection sociale traduisent la volonté de réduire les vulnérabilités et de garantir un accès plus équitable aux services essentiels.

Cette évolution répond à une réalité centrale : la croissance économique ne peut être pleinement légitime que si elle améliore concrètement la vie des citoyens. La création d’emplois, la réduction des disparités territoriales, l’accès à la santé, à l’éducation et à un revenu digne restent au cœur du défi national.

Le projet royal associe ainsi les équilibres économiques à la question de la dignité. L’investissement, la simplification des procédures et l’amélioration du climat des affaires doivent produire davantage de richesse, mais aussi mieux la répartir.

Une économie transformée par l’industrialisation

En moins de trois décennies, le Maroc a diversifié son appareil productif. L’industrie automobile est devenue l’un des principaux moteurs des exportations, tandis que l’aéronautique a installé le Royaume dans des chaînes de valeur internationales de haut niveau.

Cette évolution a favorisé la montée en compétence d’une main-d’œuvre spécialisée, le développement de plateformes industrielles et l’intégration d’entreprises marocaines dans des secteurs à forte valeur ajoutée.

La transition énergétique constitue un autre axe majeur. Le Royaume a investi dans le solaire, l’éolien et d’autres sources renouvelables afin de réduire sa dépendance, de sécuriser son approvisionnement et de se positionner dans les économies bas carbone.

Des infrastructures qui ont changé l’échelle du pays

La transformation du Maroc est particulièrement visible dans les infrastructures. L’extension du réseau autoroutier, l’amélioration des routes et le désenclavement de nombreuses régions ont facilité la circulation des personnes et des marchandises.

Le rail a connu une évolution comparable. Le développement du réseau, la modernisation des gares et la mise en service de la grande vitesse ont renforcé la mobilité entre les principaux pôles urbains et économiques.

Les ports occupent une place centrale dans cette stratégie. Tanger Med est devenu un hub logistique majeur en Méditerranée. Le projet Dakhla Atlantique doit, à terme, renforcer l’intégration économique des provinces du Sud et soutenir l’ouverture du Maroc vers l’Afrique atlantique.

Ces équipements structurent le territoire, attirent les investissements et relient davantage le Royaume aux grands flux mondiaux.

Une expertise sécuritaire devenue atout diplomatique

Le champ sécuritaire a lui aussi connu une professionnalisation importante. Les capacités de prévention, de renseignement et de coopération internationale ont permis au Maroc de renforcer sa protection contre les menaces terroristes et les réseaux criminels transnationaux.

Cette expertise a acquis une reconnaissance extérieure. Plusieurs partenaires sollicitent la coopération marocaine dans les domaines de la sécurité, du renseignement et de la lutte contre l’extrémisme violent.

L’Afrique au cœur de la stratégie marocaine

L’une des évolutions les plus marquantes du règne réside dans le recentrage du Maroc sur l’Afrique. Le continent n’est plus envisagé comme un simple voisinage géographique, mais comme une profondeur historique, économique et stratégique.

Cette orientation s’est traduite par une multiplication des investissements et des partenariats bancaires, industriels, agricoles, religieux et universitaires. Elle repose sur une coopération Sud-Sud présentée comme mutuellement avantageuse et fondée sur des projets concrets.

Le gazoduc Nigeria-Maroc illustre cette ambition. En reliant plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest avant de rejoindre le Maroc puis, potentiellement, l’Europe, il associe développement énergétique, intégration régionale et projection géostratégique. Son ampleur en fait l’un des projets structurants de la vision atlantique portée par Rabat. Son poids dans le développement de l’ensemble des pays concernés, ainsi que les transformations géostratégiques qu’il est susceptible de provoquer dans la région, lui confèrent une importance exceptionnelle.

Le retour à l’Union africaine, un tournant majeur

Le retour du Maroc au sein de l’Union africaine, en 2017, a constitué une étape décisive. Il a offert au Royaume une plateforme pour défendre ses positions, renforcer ses alliances et participer directement aux débats sur l’intégration, la sécurité, la migration et le développement du continent.

Cette présence accrue a progressivement modifié les équilibres diplomatiques autour de la question du Sahara. Le soutien à l’initiative marocaine d’autonomie s’est majoritairement élargi, tandis que plusieurs États ont révisé, gelé ou nuancé leurs positions à l’égard du Polisario. Les pays qui ne se sont pas encore joints à cette dynamique africaine favorable au droit du Maroc ne sont plus qu’une quinzaine. Parmi eux, cinq États tout au plus persistent véritablement dans leur soutien au Polisario

La résolution 2797 du Conseil de sécurité, adoptée le 31 octobre 2025, en consacrant le droit national du Maroc par une décision internationale de haut niveau, a réduit à néant les manœuvres dirigées contre le Royaume.

À elle seule, cette résolution constitue l’une des illustrations les plus fortes du succès de l’orientation royale dans la conduite des affaires du pays.

 Une diplomatie appuyée sur le développement

L’influence extérieure du Maroc ne repose pas seulement sur ses positions diplomatiques. Elle s’appuie sur la transformation interne du pays, sa stabilité, ses infrastructures, son tissu économique et sa capacité à proposer des partenariats durables.

C’est cette articulation entre développement national et projection internationale qui donne sa cohérence à la stratégie suivie depuis vingt-sept ans. Le Maroc cherche à renforcer son unité territoriale, à moderniser son économie, à améliorer ses institutions et à consolider sa place en Afrique et dans le monde.

À l’occasion de la Fête du Trône, le bilan apparaît substantiel, même s’il demeure traversé par des défis majeurs. Les transformations sont visibles. L’image du Maroc n’a pas été transformée dans un laboratoire de retouche numérique, pas plus qu’elle n’a été façonnée par des artifices ou des opérations de communication. C’est le Maroc lui-même qui a changé, sous l’effet du défi national.