Santé
Tribune : Akdital : une pause calculée, pas un changement de cap – Par Dr Anwar Cherkaoui
Cette photo montre l’inauguration en octobre 2024 à Errichadia d’une clinique d’Akdital, un groupe de santé dont les ambitions inquiètent le secteur libéral de la médecine
Akdital a fait finalement marche arrière sur son projet de centres de proximité. Après une vague de contestations menée par les syndicats de médecins libéraux, le groupe a retiré le dossier. Les praticiens reprochaient à ces centres de viser avant tout la rentabilité financière, invoquant notamment un article de la loi sur l’exercice de la médecine qui stipule que cette dernière ne doit en aucun cas être pratiquée comme un commerce.
L’argument, tout comme l’esprit du texte légal, se veut noble. Mais, sans entrer dans les détails, il se heurte à la réalité du terrain, marquée par de fortes disparités d’accès aux soins que ce soit en termes de moyens financier ou en termes de bonnes répartitions territoriale. Dans ce contexte, le secteur libéral devrait se revisiter et Akdital, pour démontrer la sincérité de ses intentions, aurait sans doute gagné à orienter en priorité ses centres de diagnostic vers les zones en déficit médical.
Dans cette tribune, le Dr Anwar Charkaoui, communiquant médical doute de la sincérité du groupe et considère qu’il est faux d’interpréter la décision d’Akdital de retirer son dossier relatif aux centres médicaux de proximité, comme un recul, voire comme une capitulation face à la contestation des médecins libéraux. En réalité, selon lui, l’initiative relève davantage d’un choix tactique, destiné à apaiser les tensions tout en préservant l’ambition initiale du groupe. En somme ‘’une pause calculée, pensée pour reprendre souffle sans renoncer à la trajectoire envisagée’’. Voici sa tribune. Quid.ma

Dr Anwar CHERKAOUI
Expert en communication médicale et journalisme de santé
La décision d’Akdital de retirer son dossier de centres médicaux de proximité a fait l’effet d’une annonce inattendue, presque d’un retournement spectaculaire.
À première vue, certains y ont vu un recul.
À y regarder de plus près, c’est tout l’inverse : ce retrait ressemble davantage à un mouvement stratégique qu’à un renoncement.
Dès les premières lignes de la lettre du 20 novembre 2025, le groupe invoque les inquiétudes exprimées par plusieurs médecins et affirme vouloir apaiser les esprits.
Le ton est conciliant, presque empathique, mais jamais le texte ne laisse entendre que le projet est enterré.
La nuance est subtile : Akdital retire un dossier administratif, pas une ambition.
Le détail crucial se trouve un peu plus loin, lorsque le groupe évoque la “réorientation des investissements vers d’autres centres d’intérêt, notamment à l’international”.
En termes de stratégie d’entreprise, cette phrase n’a rien d’une capitulation.
Elle traduit plutôt une volonté de poursuivre la croissance dans un environnement moins tendu, tout en contournant temporairement l’obstacle local.
Le registre utilisé dans la lettre est lui-même révélateur : insistance sur la confiance, sur la collaboration avec les médecins du secteur libéral, sur la prospérité partagée.
Ce langage, plus émotionnel que technique, témoigne d’une volonté manifeste de détendre un climat devenu sensible.
Lorsqu’une entreprise insiste autant sur l’absence d’intention concurrentielle, c’est qu’elle sait pertinemment que la profession s’en inquiète.
La mention d’une “incompréhension des objectifs” est tout aussi significative.
Il s’agit d’un classique de la communication en situation de tension : reconnaître le malaise sans reconnaître l’erreur.
C’est aussi une manière de laisser la porte entrouverte à un retour futur, avec un discours mieux calibré ou un projet réaménagé.
Les remerciements appuyés, presque chaleureux, adressés aux médecins, ne sont pas anodins.
Ils traduisent la volonté de rétablir un climat de confiance, d’éviter une rupture frontale et de préparer le terrain pour une relance ultérieure.
On ne remercie jamais autant lorsque l’on s’apprête à abandonner définitivement un projet.
Enfin, le groupe conclut en replaçant, avec subtilité, “l’amélioration du service rendu au patient” au centre de sa démarche.
Un argument moral et fédérateur, qui sert de passerelle idéale pour un retour futur avec une version revisitée de son plan d’expansion.
Ce retrait n’est donc pas une marche arrière, mais une respiration maîtrisée.
Un temps d’arrêt destiné à éviter la confrontation directe, à préserver les alliances et à reconfigurer la stratégie.
La vision d’Akdital reste intacte : seule la trajectoire change. Dans cette séquence, le geste ressemble moins à une défaite qu’à un repositionnement. Une manière de se mettre en retrait… tout en restant dans la partie.