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Essaouira célèbre les Andalousies, entre héritage musical et mémoire partagée
Placée sous le thème « Alif x Alef : deux lettres, une même histoire », cette 21e édition a proposé quinze rendez-vous musicaux jusqu’au 31 octobre.
La 21e édition du Festival des Andalousies Atlantiques s’est ouverte jeudi 29 octobre à Essaouira, avec une soirée consacrée aux traditions musicales arabo-andalouses et judéo-marocaines. Jusqu’au 31 octobre, quinze rendez-vous artistiques et un forum culturel mettent à l’honneur un patrimoine commun, sa transmission et son renouvellement au fil des générations.
Une ouverture sous le signe du vivre-ensemble
Essaouira a donné jeudi soir le coup d’envoi de la 21e édition du Festival des Andalousies Atlantiques, un rendez-vous qui réunit chaque année des artistes et des mélomanes autour des traditions musicales arabes et hébraïques.
Organisée par l’Association Essaouira-Mogador, en partenariat avec plusieurs institutions marocaines et étrangères, cette édition rassemble des interprètes de différentes nationalités et confessions, fidèles à l’esprit d’ouverture qui caractérise la Cité des Alizés.
Pour André Azoulay, conseiller du Roi et président fondateur de l’Association Essaouira-Mogador, la singularité du modèle marocain de coexistence religieuse et culturelle, dans un contexte international marqué par la résurgence des replis identitaires.
« Le Maroc fait ici ce soir ce que le monde ne sait plus faire », a-t-il déclaré, rappelant qu’à Essaouira, musulmans, juifs et chrétiens se retrouvent dans le bonheur d’être ensemble, sans renoncer à leurs différences.
Le Matrouz au cœur de la soirée inaugurale
Sur la scène du Grand Chapiteau, installé à Bab El Menzeh, le concert d’ouverture a réuni deux voix issues de traditions musicales étroitement liées : Moshé Louk, neveu du célèbre interprète judéo-marocain Rabbi Haïm Louk, et Marouane Hajji, figure de la musique arabo-andalouse.
Les deux artistes ont proposé un programme consacré au Matrouz, cette forme musicale qui entrelace les répertoires arabes et hébraïques et témoigne de plusieurs siècles d’échanges culturels.
Leur prestation a également rendu hommage à Rabbi Haïm Louk et à Abderrahim Souiri, deux grandes figures associées à l’histoire du festival.
La soirée a ensuite accueilli Nouhaila El Kalai, qui avait fait ses débuts sur cette même scène à l’âge de 13 ans. La chanteuse originaire de Fès, présente pour la quatrième fois à Essaouira, a interprété plusieurs qasidas, notamment en duo avec Marouane Hajji.
Les musiciens de l’Orchestre andalou, conduits par Elad Levi, et ceux de l’ensemble marocain dirigé par Anass Belhachemi ont accompagné ces prestations, illustrant la continuité d’un héritage musical porté par plusieurs générations.
Un festival qui révèle de nouveaux talents
Au-delà de sa dimension patrimoniale, le Festival des Andalousies Atlantiques joue également un rôle dans l’émergence de jeunes interprètes.
Son directeur artistique, Abdessalam Khaloufi, a rappelé que plusieurs artistes aujourd’hui reconnus avaient fait leurs premiers pas devant le public d’Essaouira. Cette vocation de transmission demeure l’une des principales caractéristiques de la manifestation.
Nouhaila El Kalai a ainsi évoqué son attachement particulier à la ville, qu’elle considère comme sa deuxième cité en raison de son énergie et de l’accueil de son public. Pour cette édition, elle a notamment choisi des qasidas d’El Kaoui et des morceaux du répertoire Chgouri.
Moshé Louk, qui participait pour la première fois au festival, a également exprimé son bonheur de retrouver au Maroc un patrimoine musical auquel il demeure profondément attaché.
Parallèlement, Dar Souiri a accueilli le HaPiyut Ensemble, réunissant dix-huit artistes de trois générations autour du piyout, tradition de poésie liturgique chantée du patrimoine juif marocain.
Quinze rendez-vous autour d’un héritage commun
Placée sous le thème « Alif x Alef : deux lettres, une même histoire », cette 21e édition propose quinze rendez-vous musicaux jusqu’au 31 octobre.
La programmation associe musique arabo-andalouse, chants judéo-marocains, piyout et rythmes gnaoua, mettant en valeur les filiations et les influences réciproques entre ces expressions artistiques.
Les concerts sont accompagnés du Forum des Andalousies, organisé vendredi et samedi à Bayt Dakira autour du thème « L’importance du lieu, l’importance du lien ».
Les échanges portent notamment sur le rôle des espaces de mémoire dans la transmission du patrimoine et la préservation des liens historiques entre communautés.
En associant artistes confirmés et jeunes interprètes, le festival poursuit ainsi son travail de valorisation d’un répertoire séculaire, dont la richesse continue de nourrir la création musicale contemporaine.