Politique
Gouvernement et Sahara ravivent l’optimisme au Maroc - Par Talaâ Saoud Al Atlassi
La formation du gouvernement confiée à Fatima Ezzahra El Mansouri et la réunion du Conseil de sécurité sur le Sahara marocain concentrent les attentes de ce mois d’octobre
La formation du gouvernement confiée à Fatima Ezzahra El Mansouri et la réunion du Conseil de sécurité sur le Sahara marocain concentrent les attentes de ce mois d’octobre. Pour Talaâ Saoud Al Atlassi, ces deux échéances nourrissent un regain d’engagement citoyen, entre espoir démocratique et confiance dans les acquis nationaux.

Talaa Saoud Al Atlassi
Après les législatives du 23 septembre, les Marocains suivent deux rendez-vous politiques majeurs : la constitution du nouvel exécutif et la réunion onusienne prévue à la fin du mois. L’un engage l’évolution démocratique du pays, l’autre son unité nationale. Ces enjeux se rejoignent dans l’aspiration à une vie digne au sein d’une patrie unie et avancée.
La politique reprend place dans le quotidien
L’intérêt pour la formation du gouvernement dépasse la mobilisation observée durant les élections. L’« indifférence électorale », perceptible lors des inscriptions sur les listes comme au moment du vote pour la Chambre des représentants, semble céder devant une attention renouvelée à la vie publique.
Le suivi des médias, notamment numériques, s’intensifie. Les sièges des partis s’animent, les publications se multiplient sur Facebook, tandis que les échanges gagnent cafés, taxis, marchés et lieux de travail. Les citoyens manifestent ainsi leur volonté de peser sur le devenir du pays.
Les campagnes médiatiques menées depuis des plateformes étrangères, mais aussi par des voix présentées comme amies ou issues de l’intérieur du pays, n’ont pas entamé cette confiance. Le « dôme moral » marocain leur a opposé un réalisme politique instinctif et éclairé, préservant l’attachement à la patrie et aux institutions de souveraineté, d’organisation de l’État et de gestion des affaires publiques.
El Mansouri porte une attente de renouvellement
La désignation de Fatima Ezzahra El Mansouri par le roi Mohammed VI pour former le gouvernement constitue un précédent historique. Elle prolonge l’élan engagé dès le début du règne pour réparer une injustice culturelle, sociale et politique qui a longtemps limité la place des femmes et l’expression de leurs capacités.
Cette nomination a redonné confiance, aux femmes comme aux hommes, dans l’utilité de la politique. Au-delà du détail des consultations, les premiers signaux permettent d’espérer un exécutif capable de réduire l’écart entre la pratique gouvernementale et la démarche royale de réforme et de modernisation.
Les échanges entre la cheffe du gouvernement désignée et les dirigeants des partis disposés à la rejoindre laissent entrevoir une architecture et une composition partisane différentes des précédents exécutifs. L’enjeu est de préparer une réponse aux difficultés économiques, aux déséquilibres sociaux et aux blocages politiques.
Plusieurs responsables ont fait état de nombreuses convergences avec El Mansouri et son parti à l’issue des premières consultations. Ces rapprochements semblent faciliter la formation du gouvernement, qui pourrait aboutir au plus tard à la mi-octobre.
Le Sahara demeure une cause commune
L’autre grande attente concerne le Conseil de sécurité. Le projet de rapport du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a nourri les débats, après la rencontre d’un représentant du Polisario avec l’ambassadeur américain auprès des Nations unies. S’y ajoute l’entretien accordé à une chaîne française par Massad Boulos, parent par alliance du président Trump et conseiller pour les affaires arabes et africaines.
Ces éléments suscitent des lectures interrogatives, inquiètes, rassurantes ou optimistes. Leur diversité révèle pourtant un même attachement : le Sahara marocain demeure une cause nationale centrale, voire existentielle, au-delà des divergences politiques et culturelles qui s’expriment dans le jeu démocratique.
Une constante traverse ces documents et déclarations : « La proposition d’autonomie est la base du règlement du différend. » La résolution 2797 du Conseil de sécurité reste leur référence commune et place cette proposition au fondement de l’approche internationale du dossier.
Au cours de l’année écoulée, le ralliement d’autres pays d’Europe, d’Afrique, d’Amérique du Sud et d’Asie a renforcé ce soutien. Il réduit le nombre et le poids des États opposés à cette perspective, tout en consolidant la résolution comme référence du processus onusien de règlement définitif.
Une confiance inscrite dans la durée
La mise en œuvre de cette résolution s’annonçait, dès son adoption, longue, lente et complexe. Le différend ne connaît pas une flambée comparable aux grands foyers de tension qui mobilisent les puissances internationales et affectent les équilibres politiques et économiques mondiaux.
Dans cet intervalle, les discours hostiles à une solution pacifique chercheront à imposer leurs interprétations de la résolution et des références onusiennes. Cette bataille paraît toutefois perdue d’avance : le cadre international est désormais clair, et les impératifs géostratégiques poussent à un règlement répondant aux intérêts des grandes puissances.
La proposition marocaine, entérinée par le Conseil de sécurité, répond à cette nécessité. Le Maroc s’appuie sur sa population et sur l’ensemble de ses moyens pour affirmer sa position et disposer d’instruments d’action efficaces à l’échelle internationale.
L’effervescence actuelle ne remplace cependant pas la décision attendue le 31 octobre. Celle-ci viendra nourrir les célébrations de la Fête de l’Unité instituée par Mohammed VI. Entre perspectives gouvernementales et échéance onusienne, les Marocains retrouvent le goût de l’action citoyenne et entourent d’espoir les avancées démocratiques et nationales. L’unité réalisée dans les faits il y a un demi-siècle devient une fête, portée par une patience qui ne s’épuise pas lorsqu’il s’agit de sculpter l’histoire dans la géographie.