Le marché du travail : un frémissement de résilience au troisième trimestre 2025

Le marché du travail : un frémissement de résilience au troisième trimestre 2025

L’amélioration profite principalement aux hommes, dont le taux de chômage a reculé d’un point pour s’établir à 10,6 %, et aux jeunes de 15 à 24 ans, qui enregistrent un léger mieux avec 38,4 % (-1,1 point). En revanche, la situation des femmes se dégrade : leur taux de chômage atteint désormais 21,6 %, en hausse de 0,8 point.

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Avec un taux de chômage en recul à 13,1 % (- 0,5) et la création nette de 167 000 emplois, le marché du travail marocain enregistre un frémissement positif au troisième trimestre 2025. Toutefois, ces progrès restent contrastés, entre amélioration globale de l’emploi urbain et persistance du sous-emploi, notamment dans les zones rurales et parmi certaines catégories vulnérables.

 Une baisse du chômage, mais un équilibre fragile

Selon la dernière note d’information du Haut-Commissariat au Plan (HCP), le taux de chômage a diminué de 0,5 point par rapport au trimestre précédent, passant de 13,6 % à 13,1 %. En milieu urbain, il est passé de 17 % à 16,3 %, tandis qu’en milieu rural, il a reculé de 7,4 % à 6,9 %. Le nombre total de chômeurs s’établit ainsi à 1,63 million de personnes, soit 55 000 de moins qu’à la même période en 2024.

Cette amélioration profite principalement aux hommes, dont le taux de chômage a reculé d’un point pour s’établir à 10,6 %, et aux jeunes de 15 à 24 ans, qui enregistrent un léger mieux avec 38,4 % (-1,1 point). En revanche, la situation des femmes se dégrade : leur taux de chômage atteint désormais 21,6 %, en hausse de 0,8 point.

Chez les diplômés, la tendance est également nuancée. Le chômage recule globalement à 19 %, mais les titulaires de diplômes du supérieur et du secondaire qualifiant enregistrent de légères hausses. À l’inverse, les techniciens et cadres moyens bénéficient d’une amélioration notable, avec un recul de 2,3 points, confirmant une meilleure absorption de cette catégorie par le marché de l’emploi.

La création d’emplois portée par les services et les BTP

Entre le troisième trimestre 2024 et celui de 2025, le Maroc a créé 167 000 emplois nets, dont 164 000 en milieu urbain. La dynamique est principalement soutenue par les secteurs des services (+94 000 postes) et du bâtiment et travaux publics (+90 000 postes), qui enregistrent respectivement des hausses de 2 % et 7 % du volume d’emploi.

L’industrie contribue modestement à cette évolution avec 29 000 créations de postes (+2 %), tandis que l’agriculture, la forêt et la pêche perdent 47 000 emplois (-2 %), confirmant la fragilité du monde rural face aux aléas climatiques et à la sécheresse persistante.

La nature des emplois créés traduit un rééquilibrage qualitatif : 220 000 emplois rémunérés ont vu le jour, alors que 54 000 emplois non rémunérés, souvent familiaux et précaires, ont disparu. Cette évolution témoigne d’une consolidation du travail formel, même si les disparités territoriales restent marquées.

Des écarts régionaux persistants

Cinq régions concentrent à elles seules 72,5 % des actifs marocains âgés de 15 ans et plus : Casablanca-Settat (22,9 %), Rabat-Salé-Kénitra (13,4 %), Marrakech-Safi (12,7 %), Fès-Meknès (12,1 %) et Tanger-Tétouan-Al Hoceima (11,4 %). Ces pôles urbains demeurent les principaux moteurs de l’activité économique, tandis que les régions rurales continuent de souffrir d’un manque d’opportunités et d’infrastructures économiques.

La répartition du chômage confirme cette polarisation : Casablanca-Settat concentre 26,4 % des chômeurs, suivie de Fès-Meknès (14,2 %), Rabat-Salé-Kénitra (13,7 %), l’Oriental (10,4 %) et Marrakech-Safi (8,5 %). Ce déséquilibre reflète la concentration des activités productives et la forte urbanisation de ces territoires.

Un sous-emploi en hausse malgré les créations de postes

Parallèlement à la baisse du chômage, le sous-emploi s’aggrave. Le nombre de personnes concernées est passé de 1,07 à 1,2 million entre le troisième trimestre 2024 et 2025, soit une hausse de 133 000 individus. Le taux de sous-emploi atteint désormais 11,1 % au niveau national, contre 10 % un an plus tôt.

Cette hausse touche à la fois les zones urbaines (9,5 %, +0,7 point) et rurales (13,8 %, +1,8 point). Les catégories les plus exposées sont les jeunes de 15 à 24 ans (+2 points), les hommes (+1,3 point) et les personnes âgées de 35 à 44 ans (+2,2 points).

Le phénomène se manifeste sous deux formes : le sous-emploi lié au manque d’heures travaillées, qui touche 622 000 personnes (5,7 %), et celui lié à l’inadéquation entre la formation, le revenu et l’emploi exercé, qui concerne 577 000 travailleurs (5,3 %).

Le secteur des BTP reste le plus touché, avec un taux de sous-emploi de 22,2 % (+2,3 points), suivi de l’agriculture, de la forêt et de la pêche, où la précarité saisonnière reste dominante.

Une participation au marché du travail en léger recul

Malgré ces créations nettes d’emplois, le taux d’activité nationale a reculé à 43,3 %, contre 43,6 % un an plus tôt. Cette baisse, légère mais constante, traduit une démobilisation d’une partie de la population active, notamment féminine. Le taux d’activité des femmes s’établit à 19,1 %, tandis que celui des hommes atteint 68,1 %.

Le taux d’emploi, lui, stagne à 37,6 %, confirmant que les nouveaux emplois créés compensent à peine la croissance démographique de la population active.

Un marché du travail en mutation lente

Le marché de l’emploi marocain affiche donc un double visage. D’un côté, des signes encourageants : recul du chômage, hausse de l’emploi rémunéré et meilleure absorption des jeunes diplômés techniques. De l’autre, des fragilités structurelles persistantes : faible participation féminine, sous-emploi croissant et concentration géographique excessive de l’activité économique.

Pour le HCP, ces données confirment la nécessité d’un ajustement des politiques publiques de l’emploi, en particulier dans les secteurs vulnérables et les zones rurales. Le défi reste d’aligner la création d’emplois sur la montée en compétences des jeunes et des femmes, tout en accompagnant la transition vers une économie plus inclusive et durable.

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