Sur le chemin d’une nouvelle guerre commerciale, le FMI et l’OMC alertent sur les tarifs douaniers de Trump

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Les mesures de Trump  représentent un "risque important" pour les perspectives économiques mondiales, dans un contexte de croissance déjà faible et fragile (Kristalina Georgieva)

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L’annonce par le président américain Donald Trump d’une série de nouveaux droits de douane massifs sur les importations inquiète fortement les grandes institutions économiques internationales. Le FMI évoque un "risque important" pour l’économie mondiale, tandis que l’OMC anticipe une contraction de 1 % du volume du commerce mondial en 2025. Une escalade tarifaire pourrait menacer la stabilité du commerce global.

Des mesures unilatérales à fort impact

Mercredi soir, le président américain Donald Trump a dévoilé une batterie de nouvelles mesures tarifaires censés protéger l’industrie et les intérêts économiques américains. Désormais, tous les biens importés seront frappés d’une taxe générale de 10 %, assortie de surtaxes spécifiques allant jusqu’à 34 % pour la Chine, 26 % pour l’Inde, 24 % pour le Japon et 20 % pour les pays de l’Union européenne. Les automobiles importées seront quant à elles soumises à un droit de douane de 25 %.

Donald Trump a justifié ces mesures en affirmant qu’elles permettront de "rendre l’Amérique à nouveau riche", reprenant son discours protectionniste déjà observé lors de son précédent mandat. Pour ses conseillers, il s’agit de rééquilibrer un commerce jugé "injuste" vis-à-vis des États-Unis, en ciblant les pays qui, selon eux, imposent les barrières les plus strictes aux produits américains.

Le FMI sonne l’alarme : des risques majeurs pour la croissance mondiale

Dans une déclaration publiée jeudi, la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, a vivement réagi. Selon elle, ces mesures représentent un "risque important" pour les perspectives économiques mondiales, dans un contexte de croissance déjà faible et fragile.  

« Nous évaluons encore les implications macroéconomiques des mesures tarifaires annoncées, mais elles constituent clairement une menace pour une économie mondiale qui a besoin de stabilité », a-t-elle souligné.

Mme Georgieva a appelé les États-Unis et leurs partenaires commerciaux à "œuvrer de manière constructive pour apaiser les tensions" et à éviter toute escalade susceptible d’aggraver l’incertitude économique. Elle a également indiqué que les perspectives économiques mondiales seront actualisées lors des prochaines réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale, prévues du 21 au 26 avril à Washington.

L’OMC anticipe un recul des échanges de 1 %

De son côté, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a elle aussi exprimé de vives inquiétudes. Sa directrice générale, Ngozi Okonjo-Iweala, a averti que ces nouvelles mesures, combinées à celles déjà adoptées depuis le début de l’année, pourraient entraîner une contraction de 1 % du commerce mondial de marchandises dès 2025.

Elle s’est dite préoccupée par le risque d’une spirale de représailles tarifaires, qui pourrait dégénérer en guerre commerciale ouverte, accentuant la volatilité des marchés et pesant sur la croissance mondiale.

L’OMC note par ailleurs que le traitement de la nation la plus favorisée, un pilier fondamental de l’organisation, ne concerne plus que 74 % du commerce mondial, contre 80 % en début d’année. Une baisse préoccupante selon Mme Okonjo-Iweala, qui appelle les membres à préserver les acquis du système multilatéral et à éviter un effondrement des règles commerciales internationales.

Un climat commercial sous haute tension

Face à cette nouvelle offensive tarifaire américaine, les réactions des partenaires commerciaux ne se sont pas fait attendre. Plusieurs pays touchés par ces mesures envisagent déjà des contre-mesures, accentuant un climat de tensions où le dialogue semble de plus en plus compromis.

Alors que l’économie mondiale tente de se remettre des chocs successifs liés à la pandémie, à la guerre en Ukraine et à l’instabilité énergétique, cette escalade commerciale pourrait faire reculer les progrès obtenus en matière de croissance et de coopération internationale.

L’OMC rappelle d’ailleurs que son rôle est précisément de servir de plateforme de dialogue en période de crise, appelant tous les membres à "gérer avec responsabilité" les différends commerciaux. Le message est clair : sans concertation, la mondialisation pourrait s’enfoncer dans un cycle de fragmentation aux conséquences durables.

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