économie
Campagne agricole 2025-2026 : vers un rebond porté par les pluies et la relance de l’élevage
La récolte céréalière devrait atteindre près de 90 millions de quintaux. Cette performance s’explique notamment par l’extension des superficies emblavées, qui avoisinent les 3,9 millions d’hectares. Le secteur de l’élevage occupe une place centrale dans la stratégie agricole du Royaume. La production animale représente environ 35% du PIB agricole et génère près de 35 milliards de dirhams de valeur ajoutée (Ahmed El Bouari)
La campagne agricole 2025-2026 devrait enregistrer une production céréalière avoisinant 90 millions de quintaux, grâce à une amélioration notable des précipitations et de la situation hydrique, a annoncé à Meknès le ministre de l’Agriculture, Ahmed El Bouari. Dans le cadre du SIAM 2026, il a également souligné le rôle stratégique de l’élevage, qui contribue à hauteur de 35% du PIB agricole et constitue un pilier de la sécurité alimentaire nationale.
Une campagne céréalière sous de meilleurs auspices
Après plusieurs années marquées par la sécheresse, la campagne agricole 2025-2026 s’annonce sous de meilleurs signes. Les conditions climatiques, caractérisées par des précipitations abondantes et mieux réparties sur l’ensemble du territoire, ont permis une nette amélioration des perspectives de production.
Selon les estimations présentées à Meknès par le ministre de l’Agriculture, la récolte céréalière devrait atteindre près de 90 millions de quintaux. Cette performance s’explique notamment par l’extension des superficies emblavées, qui avoisinent les 3,9 millions d’hectares.
Cette évolution marque une inflexion significative par rapport aux campagnes précédentes et nourrit l’optimisme quant à la relance de l’activité agricole. Elle traduit également l’impact direct des conditions climatiques sur les équilibres du secteur.
Une amélioration globale de la situation hydrique
Au-delà des cultures céréalières, la campagne actuelle bénéficie d’une amélioration globale de la situation hydrique. Les précipitations, combinées aux chutes de neige, ont contribué à la reconstitution des réserves en eau.
Les barrages affichent ainsi un volume de stockage estimé à 13 milliards de mètres cubes, avec un taux de remplissage avoisinant 75,7%. Cette évolution constitue un facteur déterminant pour la reprise de l’agriculture irriguée, notamment pour les cultures de printemps et d’été.
Dans ce contexte, les autorités tablent sur une couverture adéquate des besoins en irrigation, ce qui devrait consolider la dynamique de reprise observée dans plusieurs filières agricoles.
Des performances positives pour les cultures arboricoles
La campagne agricole en cours ne se limite pas à l’amélioration des céréales. Les cultures arboricoles enregistrent également des résultats encourageants, confirmant une tendance globale favorable.
Les filières de l’olivier, des agrumes et des dattes se distinguent par des performances jugées remarquables. Cette évolution reflète à la fois l’effet des conditions climatiques et les efforts engagés pour moderniser les systèmes de production.
Ces résultats contribuent à renforcer les perspectives de croissance du secteur agricole, avec une hausse attendue du produit intérieur brut agricole d’environ 15% par rapport à l’année précédente.
L’élevage, pilier de la politique agricole
Parallèlement aux cultures végétales, le secteur de l’élevage occupe une place centrale dans la stratégie agricole du Royaume. Le ministre a rappelé que la production animale représente environ 35% du PIB agricole et génère près de 35 milliards de dirhams de valeur ajoutée.
Ce secteur assure également près de 135 millions de journées de travail par an et constitue une source de revenu pour environ 1,2 million d’éleveurs. Ces chiffres illustrent son rôle structurant dans l’économie rurale et dans la sécurité alimentaire.
Les données disponibles indiquent que le cheptel national compte environ 33 millions de têtes, toutes espèces confondues. Cette base productive permet de couvrir une part importante des besoins nationaux en produits d’origine animale.
Une production animale en progression
La production de viandes rouges est estimée à environ 530.000 tonnes par an, tandis que la production laitière avoisine les 2 milliards de litres. La filière avicole, quant à elle, poursuit sa progression, avec une production de près de 784.000 tonnes de viandes blanches et environ 6,5 milliards d’œufs.
Ces performances permettent d’assurer une couverture complète des besoins du marché national, en particulier pour les produits avicoles. Elles témoignent également des efforts engagés pour améliorer la productivité et renforcer l’organisation des filières.
Toutefois, le secteur a été fortement impacté par les épisodes de sécheresse successifs, qui ont fragilisé les équilibres économiques des exploitations. Face à ces défis, les pouvoirs publics ont engagé des mesures de soutien ciblées.
Un programme de reconstitution du cheptel
Dans ce cadre, un programme exceptionnel de reconstitution du cheptel national a été lancé, en application des Hautes Instructions Royales. Ce dispositif vise à accompagner les éleveurs, notamment à travers le soutien à l’alimentation du bétail et la préservation des femelles reproductrices.
Cette initiative constitue un levier essentiel pour restaurer progressivement les capacités de production et renforcer la résilience du secteur face aux aléas climatiques.
Par ailleurs, la stratégie adoptée prévoit le développement de la production d’aliments pour bétail, ainsi que le renforcement des dispositifs de sécurité sanitaire animale. Ces mesures incluent notamment la surveillance épidémiologique, les campagnes de vaccination et le contrôle sanitaire.
Modernisation et structuration des filières
Le développement des filières animales repose également sur des actions de modernisation des circuits de commercialisation et des infrastructures. L’amélioration des abattoirs, le renforcement de la chaîne du froid et le développement des capacités logistiques figurent parmi les priorités.
La stratégie prévoit aussi la promotion de contrats plus équitables, en particulier au bénéfice des petits producteurs, ainsi que le renforcement de la formation et de la recherche scientifique.
Dans le cas des viandes rouges, les efforts porteront sur l’amélioration des races bovines destinées à la production, la viande bovine représentant une part importante de la consommation nationale.
Un accent particulier est également mis sur l’élevage camelin, notamment dans les provinces du Sud, où il joue un rôle économique et social significatif. Cette filière génère une valeur ajoutée estimée à 225 millions de dirhams et contribue à la création de millions de journées de travail.
Le SIAM, espace de dialogue stratégique
Ces annonces ont été faites dans le cadre du Salon International de l’Agriculture au Maroc, qui se tient à Meknès jusqu’au 28 avril. Cet événement réunit des responsables politiques, des experts, des chercheurs et des professionnels du secteur.
Avec la participation de 70 pays et la présence de nombreuses délégations étrangères, le SIAM s’impose comme une plateforme de référence pour débattre des enjeux agricoles à l’échelle internationale.
Les discussions portent notamment sur la durabilité de la production animale et la transformation des systèmes alimentaires, en lien avec les défis globaux liés à la sécurité alimentaire et au changement climatique.
Une dynamique de relance à consolider
Dans l’ensemble, les indicateurs de la campagne agricole 2025-2026 traduisent une dynamique de reprise, portée par des conditions climatiques favorables et par les politiques de soutien mises en place.
Cette évolution reste toutefois tributaire de la pérennité des ressources hydriques et de la capacité du secteur à s’adapter aux mutations en cours. L’enjeu, pour les années à venir, sera de consolider ces acquis et de renforcer la résilience de l’agriculture marocaine.