économie
L’essentiel du SIAM 2026 : souveraineté fourragère, innovation et coopération au cœur des défis agricoles
La directrice de l’Institut national de la recherche agronomique, Lamiae Ghaouti, met en avant l’importance des races locales et de la recherche génomique dans la construction d’un élevage résilient.
Réunis à Meknès dans le cadre du 18e Salon international de l’Agriculture au Maroc (SIAM), responsables institutionnels, chercheurs et professionnels ont appelé à faire de la souveraineté fourragère une priorité nationale. Dans un contexte marqué par les effets du changement climatique et la pression sur les ressources, les échanges ont également mis en avant l’importance de l’innovation, de la coopération internationale et de la transformation structurelle des systèmes agricoles.
La souveraineté fourragère, levier stratégique pour l’élevage
Au cœur des débats, la question de l’alimentation animale s’impose comme un enjeu central pour la pérennité de l’élevage. Lors d’une conférence dédiée à l’avenir du secteur, les intervenants ont souligné que la disponibilité des ressources fourragères conditionne directement les coûts de production et la viabilité des exploitations.
Pour M. Arrach, les difficultés actuelles dépassent largement le cadre conjoncturel de la sécheresse. Elles traduisent des transformations profondes du monde rural qui nécessitent une vision à long terme. L’élevage, rappelle-t-il, repose sur des cycles longs, rendant les choix présents déterminants pour la sécurité alimentaire future et la stabilité économique de centaines de milliers d’éleveurs.
Cette analyse met en lumière une dépendance accrue aux intrants alimentaires, particulièrement dans les périodes de stress hydrique. Plus l’alimentation est disponible, plus les éleveurs peuvent maintenir leurs cheptels. À l’inverse, la raréfaction des ressources fragilise l’ensemble de la chaîne de production.
Vers une agriculture durable et structurée
Le président du Conseil général du développement agricole, Jaouad Bahaji, a insisté sur la nécessité d’approfondir la réflexion stratégique, notamment à travers la coopération internationale. Le partenariat avec la France, actif depuis plusieurs années, illustre une volonté commune de partager les expertises et de développer des réponses adaptées aux défis contemporains.
Dans cette perspective, Mohammed Balafrej a plaidé pour un changement de paradigme. Il appelle à dépasser la logique de gestion de crise pour construire une vision durable fondée sur trois axes : la sécurisation de l’alimentation animale, l’amélioration génétique des cheptels et le renforcement des organisations professionnelles.
La question du renouvellement générationnel est également centrale. Attirer les jeunes vers les métiers agricoles apparaît comme une condition essentielle pour assurer la continuité et la modernisation du secteur.
Une réalité économique sous tension
Sur le terrain, les professionnels dressent un constat plus nuancé. Selon Mostafa El Khaouli, président de l’Association nationale des producteurs de viandes rouges, les éleveurs font face à une hausse significative des coûts des intrants. Malgré des prix de vente élevés, les marges restent faibles, voire insuffisantes pour garantir la rentabilité.
Cette situation appelle, selon lui, une meilleure organisation des circuits de commercialisation et une réduction du nombre d’intermédiaires. Il plaide également pour la mise en place de mécanismes durables d’approvisionnement fourrager, notamment à travers des contrats de culture et une gestion optimisée des ressources hydriques.
Dans la filière des petits ruminants, Saïd Chatibi met en évidence l’impact direct des sécheresses successives sur les parcours naturels. Les éleveurs sont contraints de recourir massivement à des aliments achetés, ce qui pèse lourdement sur leur trésorerie. La valorisation des produits de terroir apparaît dès lors comme une piste pour améliorer les revenus.
Races locales et génomique : une réponse à long terme
La directrice de l’Institut national de la recherche agronomique, Lamiae Ghaouti, met en avant l’importance des races locales et de la recherche génomique dans la construction d’un élevage résilient. Ces ressources, souvent sous-exploitées, présentent pourtant des atouts majeurs en termes d’adaptation climatique et de résistance aux maladies.
Dans un contexte mondial marqué par la concentration de la production sur un nombre limité de races, la valorisation de la biodiversité génétique apparaît comme un enjeu stratégique. L’utilisation des outils génomiques permettrait d’améliorer la productivité tout en préservant les caractéristiques adaptées aux conditions locales.
Cette approche s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’évolution des modes de consommation. La montée en puissance d’une classe moyenne urbaine modifie les attentes, créant un décalage avec les capacités actuelles du cheptel national.
Innovation technologique et digitalisation
Parallèlement aux enjeux structurels, le SIAM met en lumière le rôle croissant des technologies dans la transformation agricole. Le groupe Maroc Telecom a ainsi présenté plusieurs solutions basées sur l’Internet des objets, l’intelligence artificielle et l’analyse de données.
Ces outils permettent un suivi en temps réel des exploitations, une optimisation de l’irrigation et une meilleure gestion des ressources. Ils offrent également des capacités d’anticipation des risques, contribuant à une agriculture plus précise et plus efficiente.
Le lancement du « Pack Fellah » illustre cette volonté d’inclusion numérique, en facilitant l’accès des agriculteurs aux technologies. De leur côté, les solutions fintech proposées visent à moderniser les pratiques financières, notamment au sein des coopératives.
Le Maroc et le Conseil international des dattes renforcent leur coopération
Le Maroc et le Conseil international des dattes ont franchi une nouvelle étape dans leur coopération avec la signature d’un mémorandum d’entente visant à soutenir le développement du secteur du palmier dattier. Paraphé par le ministre de l’Agriculture, Ahmed El Bouari, et la directrice exécutive de l’IDC, la Princesse Sara Bent Bandar Bin Abdelaziz Al Saoud, cet accord établit un cadre institutionnel destiné à renforcer la coordination et l’échange d’expertises.
Le partenariat prévoit notamment des programmes de formation et des stages conjoints axés sur la lutte contre les ravageurs, en particulier la cochenille rouge, ainsi que la diffusion des bonnes pratiques agricoles. Il met également l’accent sur la recherche scientifique liée aux effets du changement climatique et sur la préservation des ressources génétiques dans les oasis.
L’accord vise aussi à améliorer la qualité des dattes marocaines, notamment la variété « Al Majhoul », à travers l’élaboration de normes spécifiques et le développement des activités de transformation et de valorisation. L’échange de données statistiques devrait, en outre, contribuer à renforcer la transparence des marchés et à soutenir les exportations.
En marge de la signature, les deux parties ont réaffirmé leur volonté de consolider leur coopération et de promouvoir à l’échelle internationale la valeur patrimoniale et économique des dattes.
Coopération internationale et développement des filières
Le SIAM 2026 a également été marqué par la signature d’un mémorandum d’entente entre le Maroc et le Conseil international des dattes. Cet accord vise à renforcer la coopération dans le développement du palmier dattier, notamment à travers la recherche, la formation et la valorisation des produits.
Dans le même esprit, le comité mixte agricole Maroc-France a permis de relancer un partenariat structurant autour de thématiques clés telles que la formation, la recherche, la digitalisation et la sécurité sanitaire. Ces initiatives témoignent d’une volonté commune de construire des systèmes agricoles plus résilients.
Au niveau régional, le Centre régional d’investissement de Marrakech-Safi met en avant une stratégie axée sur la transformation agro-industrielle. L’objectif est de valoriser le potentiel agricole en développant des chaînes de transformation et d’export, renforçant ainsi la compétitivité du territoire.
Entrepreneuriat et innovation au service de l’agriculture
La dynamique d’innovation se manifeste également à travers le programme « Tamkin Li Tanmia », qui a accompagné 33 startups dans le domaine de l’AgriTech. Ce dispositif vise à encourager l’émergence de solutions innovantes adaptées aux besoins du secteur.
Soutenu par des partenariats institutionnels et internationaux, ce programme illustre le rôle croissant des écosystèmes d’innovation dans la transformation agricole. Les initiatives développées couvrent un large spectre, allant de la digitalisation des pratiques à l’optimisation des ressources.
Vers un modèle agricole résilient
Au-delà des annonces et des initiatives, le SIAM 2026 met en évidence la nécessité d’une transformation globale du modèle agricole. Face aux défis climatiques, économiques et sociaux, l’agriculture marocaine est appelée à évoluer vers plus de résilience, d’innovation et de durabilité.
La souveraineté fourragère, la valorisation des ressources locales, l’intégration des technologies et le renforcement des coopérations apparaissent comme autant de leviers pour accompagner cette transition. Dans un contexte mondial incertain, ces choix stratégiques détermineront la capacité du secteur à répondre aux enjeux de sécurité alimentaire et de développement.