Marita–Gotion : l’alliance maroco-chinoise qui veut électrifier l’avenir africain

Marita–Gotion : l’alliance maroco-chinoise qui veut électrifier l’avenir africain

Mostafa Haboucha, Directeur Général et Vice-Président chargé de la coordination des activités du groupe Marita et Li Zhen, président de Gotion High-Tech, lors de la signature du partenariat

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Nouée entre le groupe marocain Marita et le géant chinois des batteries Gotion High-Tech, une alliance stratégique ambitieuse entend accélérer la transition énergétique en Afrique et au-delà. Portée par des projets concrets et un positionnement complémentaire entre ancrage local et innovation technologique, cette coopération s’inscrit dans un contexte de forte croissance du solaire et du stockage sur le continent. De Trieste à Dar es-Salaam, en passant par le Maroc, elle pourrait redessiner durablement les équilibres énergétiques régionaux.

Une alliance structurée pour transformer les marchés énergétiques

Dans un paysage international marqué par la multiplication d’accords souvent symboliques, le partenariat entre Marita Group et Gotion High-Tech se distingue par son caractère opérationnel. Les deux acteurs ont scellé leur coopération à travers six Memoranda of Understanding couvrant une série de projets industriels et énergétiques déjà identifiés.

Ces accords portent sur des initiatives variées, allant du stockage d’énergie par batteries en Europe, notamment à Trieste, jusqu’au déploiement de centrales solaires en Afrique subsaharienne. S’y ajoutent des projets innovants comme des camions électriques à très longue autonomie, la décarbonationde sites miniers marocains, un programme de valorisation des déchets plastiques en carburant et le développement d’une ville intelligente à Dar es-Salaam.

Cette structuration contractuelle traduit une volonté claire : dépasser les intentions pour entrer dans l’exécution. Dans un secteur où les annonces non suivies d’effets sont fréquentes, la signature simultanée de six accords opérationnels constitue un signal fort à destination des investisseurs et des bailleurs internationaux. Elle indique que le partenariat ne se contente pas d’explorer des opportunités, mais vise à les concrétiser à court et moyen termes.

Complémentarité stratégique : technologie chinoise, ancrage africain

Le cœur de cette alliance repose sur une complémentarité assumée. D’un côté, Marita Group, fondé à Rabat en 1994, s’appuie sur trois décennies d’expérience multisectorielle. Présent dans huit domaines d’activité, allant de l’exploitation minière à l’agriculture durable, le groupe a construit un réseau de 32 bureaux répartis sur quatre continents. Surtout, il bénéficie d’un capital immatériel déterminant : une connaissance fine des marchés africains et des relations de confiance établies avec de nombreux gouvernements.

De l’autre, Gotion High-Tech apporte une expertise technologique de premier plan dans le domaine du stockage d’énergie. Classé Tier 1 par BloombergNEF, le groupe chinois maîtrise l’ensemble de la chaîne de valeur, de la production de cellules à l’intégration dans les réseaux électriques. Ses batteries LFP de nouvelle génération, ses systèmes de stockage GoGo Grid et ses solutions industrielles avancées en font un acteur de référence mondiale.

Un atout clé de cette coopération réside dans l’implantation industrielle de Gotion au Maroc, avec une gigafactory située à Kénitra, capable de produire jusqu’à 20 GWh par an. Cette présence locale permet non seulement de réduire les coûts logistiques, mais aussi d’ancrer la production sur le continent africain, dans une logique de souveraineté industrielle et énergétique.

Cette complémentarité répond à une équation simple mais stratégique : Marita apporte le terrain, les réseaux et l’ingénierie locale ; Gotion fournit la technologie, la capacité industrielle et l’innovation. Ensemble, les deux groupes visent à construire une chaîne de valeur intégrée, adaptée aux réalités africaines.

Un contexte favorable porté par l’essor du solaire et du stockage

L’alliance Marita–Gotion intervient à un moment charnière pour les marchés énergétiques africains. Le continent connaît une accélération notable du déploiement des énergies renouvelables, en particulier du solaire. En 2024, la capacité installée a atteint 19,2 GW, tandis que les importations d’équipements ont progressé de 60 %.

Parallèlement, le stockage d’énergie, longtemps considéré comme le maillon faible des systèmes renouvelables, connaît une croissance rapide. En un an, la capacité de stockage est passée de 150 MWh à plus de 1 600 MWh, traduisant un changement d’échelle significatif. Cette évolution est renforcée par la baisse continue des coûts des batteries lithium-ion, estimée à environ 20 % sur la même période.

Dans ce contexte, les projets hybrides combinant production solaire et stockage deviennent de plus en plus compétitifs et attractifs pour les investisseurs. Ils offrent des solutions concrètes aux défis d’intermittence et permettent d’assurer une alimentation électrique stable, condition essentielle au développement économique.

L’intérêt manifesté par la Banque africaine de développement pour accompagner cette initiative constitue un autre indicateur de crédibilité. Cet appui ouvre la voie à des financements multilatéraux et renforce la dimension institutionnelle du projet.

Au-delà des chiffres, cette dynamique révèle une transformation plus profonde : celle d’un continent qui ne se contente plus d’importer des solutions énergétiques, mais cherche à les produire, les adapter et les intégrer localement. L’alliance entre Marita et Gotion s’inscrit précisément dans cette logique, en proposant un modèle de développement fondé sur la convergence entre innovation technologique et enracinement territorial.

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