Or : les raisons d’un recul historique et les perspectives d’évolution - Hassan El Khabbaz

Or : les raisons d’un recul historique et les perspectives d’évolution - Hassan El Khabbaz

Après une hausse spectaculaire du prix de l’or au cours des dernières semaines, le monde a été surpris, lundi, par une chute brutale, survenue après un pic historique ayant dépassé les 5 200 dollars l’once le 16 mars.

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Après avoir atteint des sommets inédits, les prix de l’or enregistrent un recul marqué dans un contexte dominé par les tensions géopolitiques, la fermeté monétaire et la quête de liquidités. Hassan El Khabbaz se demande si c’est une correction passagère, un basculement spectaculaire, ou le début d’une tendance durable ?

Les facteurs d’un retournement inattendu

Hassan El Khabbaz

Journaliste et directeur d’El Jareedah.Com

Si les tensions géopolitiques font traditionnellement de l’or une valeur refuge, leur impact actuel apparaît sensiblement différent. Les conflits récents ont entraîné une hausse des prix de l’énergie, alimentant l’inflation à l’échelle mondiale.

Cette situation a conduit les banques centrales à maintenir des taux d’intérêt élevés sur une période prolongée, un facteur défavorable à l’or à court terme. À cela s’ajoute un ralentissement potentiel de l’économie américaine, accentué par la montée des tensions, notamment après le ciblage de sites énergétiques en Iran, ce qui complexifie davantage le paysage de l’investissement à l’échelle mondiale.

Une chute après des records historiques

Après une hausse spectaculaire du prix de l’or au cours des dernières semaines, le monde a été surpris, lundi, par une chute brutale, survenue après un pic historique ayant dépassé les 5 200 dollars l’once le 16 mars.

Parmi les facteurs ayant conduit à ce recul, figure notamment le retrait de la Chine en tant que principal acheteur. Pékin a temporairement suspendu ses achats, privilégiant désormais la sécurisation de l’énergie et de l’alimentation, devenues des priorités en période de guerre.

Par ailleurs, certains fonds au Moyen-Orient ont procédé à des ventes d’or, non pas par perte de confiance, mais en raison du besoin accru de liquidités dans plusieurs pays de la région confrontés aux effets du conflit.

Dollar fort et liquidité : un effet de ciseau

Ces évolutions ont renforcé l’attrait des actifs liquides et soutenu la hausse de l’indice du dollar américain, exerçant une pression directe sur les prix de l’or, selon Bloomberg.

Fait notable, les prix ont chuté rapidement à environ 4 750 dollars dès le 19 mars, un mouvement révélateur de la sensibilité des marchés aux déclarations de politique monétaire et aux évolutions de l’économie mondiale.

Ce recul traduit une vague de ventes importante conjuguée à une raréfaction des acheteurs, mécanisme classique de baisse de tout actif financier. Il résume la dynamique actuelle du marché de l’or, particulièrement durant cette phase de conflit.

L’impact des signaux de la Réserve fédérale

Ce tournant stratégique est intervenu immédiatement après la conférence de presse du président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, le 18 mars, dont les messages ont été interprétés par les marchés comme défavorables à l’or.

Dès lors, la question centrale s’impose : cette baisse constitue-t-elle une opportunité d’achat ou annonce-t-elle le début d’une phase prolongée de repli ?

Deux scénarios se dessinent : un scénario d’achat en cas d’intensification des risques géopolitiques ou d’affaiblissement du dollar, et un scénario de prudence si les taux élevés et la vigueur du billet vert persistent.

Entre tensions et politique monétaire

L’or se trouve aujourd’hui au croisement de deux forces opposées : d’un côté, les tensions internationales qui soutiennent sa valeur, de l’autre, une politique monétaire restrictive qui pèse sur ses cours. Le choix d’investissement dépendra de la force dominante dans la période à venir.

Un facteur déterminant réside également dans la peur de l’avenir. L’or est généralement acheté en période d’incertitude, mais lors de crises immédiates, le besoin de liquidités devient prioritaire. C’est précisément ce qui s’est produit. Une fois la situation stabilisée, les investisseurs ayant vendu leur or pourraient redevenir les premiers acheteurs.

Ainsi, ce qui se produit actuellement ne s’apparente pas à un effondrement structurel, mais plutôt à une crise de liquidité temporaire, susceptible d’être suivie d’un rebond après la fin du conflit.

Le retour du « Cash is King »

Dans ce contexte, de nombreux investisseurs privilégient la détention de liquidités, profitant des rendements élevés du dollar, ce qui renforce l’idée selon laquelle « Cash is King » dans la phase actuelle.

En définitive, l’or s’oriente vers une troisième baisse hebdomadaire consécutive, sous l’effet de la hausse du dollar et des anticipations de resserrement monétaire par la Réserve fédérale, rendant le métal précieux plus coûteux pour les détenteurs d’autres devises.

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