Abdejlil Lahjomri, Chella, La stèle mérinide et le peintre gharbaoui : Les précieuses informations de Mustapha Saha

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Portrait Jilali Gharbaoui

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La Chronique de Abdejlil Lahjomri consacrée à CHELLA ET LA MYSTÉRIEUSE STÈLE FUNÉRAIRE DE ABOU YACOUB YOUSSOUF LE MÉRINIDE a suscité l’intérêt qu’elle méritait, tant la recherche menée par le Secrétaire perpétuel de l’Académie du Royaume pendant le confinement sur la mystérieuse stèle funéraire, comportant un orifice de 12 centimètres de diamètre, a débordé l’objet déclaré de la recherche, remontant le cours de ses souvenirs propres et de l’histoire ancienne, si bien qu’à la fin de la lecture, Rabat, à travers l’histoire de Chella, apparait comme la plus impériale des villes impériales (Fès, Marrakech et Meknès). A lui seul ; ce sujet mérite qu’on s’y attarde et le Quid ne manquera d’y revenir.

De Chella à la Conférence d’Anfa

En même temps qu’il apportait des réponses ici et des débuts de réponses là, Abdejlil Lahjomri ouvrait de nouvelles pistes de recherche et posait de nouvelles questions à résoudre. Notamment celles de la préservation du patrimoine ou encore celle de faire de Chella un musée à ciel ouvert. Le site comme la Ville Lumière qui l’abrite le valent bien. 

Parmi les réactions à la chronique, on retiendra celle-ci, de Adil Myziam qui écrit que « pas loin d’Al Gza à Rabat, il y a des ruines mérinides abandonnées recouvertes par la végétation, [sans] aucune action du ministère de la culture. » Pure coïncidence, la chronique comme cette réaction sont arrivées en même temps que tombait l’affaire du Café Maure des Oudayas, mais aussi un communiqué du ministère de l’Intérieur annonçant le limogeage du gouverneur d’Anfa « pour mauvaise gestion de patrimoine ». Il s’agirait d’une villa qui a été classée patrimoine nationale puis laissée à l’abandon cédant la place finalement à la construction d’un immeuble. En colère, notre ami Jamal Berraoui, a contacté le Quid pour préciser que cette histoire devrait poser sérieusement la question du classement d’un édifice patrimoine national et du suivi, ou plutôt du non-suivi dont il est victime.  Il ne suffit pas de classer, mais d’entretenir et de mettre en valeur. Selon lui, l’hôtel Anfa par exemple, qui a abrité en pleine guerre mondiale (1943) une partie de l’historique Conférence de Casablanca, où l’on voit sur la photo Roosevelt, Churchill, De Gaulle et le Roi Mohammed V et derrière lui le futur Hassan II, n’est plus qu’un souvenir. L'architecte Rachid Andaloussi, ancien président de Casa Mémoire, confirme qu’il a été détruit en 1964. Il précise toutefois que, voisine de l’hotel, la Villa d’Anfa où a été logé le président américain Roosvelt qui était paralytique et qui a accueilli également une bonne partie de cette conférence en raison de cette paralysie, existe toujours et est habitée actuellement par une famille casablancaise. 

Une lectrice, Maude J-p, écrit, elle, que « malheureusement les archéologues ne peuvent rien faire sans le soutien des autorités, sans une prise de conscience de l'ensemble des marocains des richesses de leur patrimoine. Je suis archéologue, précise-telle, et chaque jour je vois des beautés matérielles et immatérielles délaissées et détruites. Quand je vois le site de Volubilis entre autres, ça me fend le cœur de voir les gens marcher sur ces mosaïques millénaires par exemple. Il faut aussi que chaque enfant ait conscience des beautés de son pays et des adultes qui veuillent les préserver. »

Pour un musée Djilali Gharbaoui à Chella (Mustapha Saha)

A la fin de sa chronique, Abdejlil Lahjomri souligne ne pas vouloir la terminer « sans lancer un appel (qui n’a rien à voir ou peut-être que si ..., qui a à voir, puisqu’il concerne indirectement Chella) que voici : Mes recherches m’ont appris que le peintre Gherbaoui, un des peintres parmi les peintres les plus célèbres des premiers temps de la peinture au Maroc, a habité, toute une année, une petite maison à Chella. Je ne possède pas plus d’informations. Je serai reconnaissant, au lecteur, au connaisseur de l’œuvre de Gherbaoui, à l’amoureux de Chella, à l’artiste, au collectionneur, au directeur de musée, à l’administrateur de la culture, au « spécialiste » du tourisme, au responsable d’un des conseils locaux ou régionaux de la ville, s’il a une information sur ce mystérieux séjour de Gharbaoui dans Chella, qu’il ait l’amabilité de m’en faire part ou tout simplement de la confirmer pour la postérité. Si ce miracle advenait, je n’aurais pas perdu mon temps à éclaircir les mystères d’un si étonnant stèle. »

Pour l’instant, aucun des responsables sollicités n’a encore réagi, mais une réponse documentée est venue, depuis Paris, de Mustapha Saha. Sociologue et écrivain, lui-même peintre et photographe dont les lecteurs du Quid connaissent l’érudition à travers ses chroniques, indique qu’en « 1962, Jilali Gharbaoui installe son atelier d‘artiste au Maroc dans le site antique de Chella. Il le dénomme « Atelier l’œuf », petite pièce sans fenêtre offerte par l'écrivain Ahmed Sefrioui, un nid protégé par les cigognes, sillages d'envols reproduits sur toile et papier… Le 19 juillet 1966, il lègue ses œuvres à sa compagne Thérèse Boersma : « Rabat, le 19 juillet 1966. Je déclare moi, Djilali Gharbaoui, artiste peintre, demeurant « Atelier l’œuf » « Jardin du Chellah », Rabat, Maroc, autorise Mlle Thérèse Boersma à prendre possession de toutes mes peintures à Amsterdam. Jilali Gharbaoui ».

Mustapha Saha qui nous gratifie d’un portrait de Djilali Gharbaoui, et appui son information par une copie de sa lettre testamentaire qui authentifie sa résidence à Chella, espère que « les autorités marocaines classent cet atelier dans le patrimoine national et en fassent la base d’un musée Jilali Gharbaoui ».

 

Notre ami Khalil Hachimi Idrissi, dans un autre registre, écrit à Abdejlil Lahjomri : « Moi qui suis un Casablancais atavique, résident à Rabat depuis près d’une décennie, ton texte sur Chellah a réveillé en moi une altérité insoupçonnée. Je n’oserai jamais mettre ma main dans le trou de la stèle, même si la bénédiction de mon père est attestée, parce que les facéties du destin sont improbables.  Je préfère me rapprocher des vestiges de Chella pour célébrer une interculturalité réelle mais jamais mettre ma main  dans un trou noir où la matière peut être aspirée à jamais. »  

Un autre lecteur, Jean Clode Vigana dit son grand « plaisir de redécouvrir cette plume [de A. Lahjomri NDLR] ainsi que la passion du narrateur pour l'universalité de Sa Ville. » S'agissant de Gharbaoui, il ajoute : « nous sommes sur la piste des familles des anciens potiers du Chella », ouvrant ainsi une nouvelle voie de recherche. Pour conclure, on donnera la parole à Larbi Benlafkih : « Vous nous faites plonger dans les méandres historiques d'un site "Rbati" que tant de visiteurs apprécieront différemment à la suite de la lecture des trois parties [de la chronique]. Un grand merci, Cher Professeur. » NK